Les Gilets Jaunes 63

Citoyens, réveillez-vous !

5 décembre : fin des discussions

À tous les camarades disposés à franchir un palier dans le conflit qui nous oppose à ce gouvernement et aux forces de l’argent qu’il représente, le lien ci-joint met à jour les communiqués de toutes les organisations qui préparent le mouvement de grève illimitée du 5 décembre prochain.

https://mobile.paris.demosphere.net/rv/73129

Le relais s’effectue sur le terrain, dans les entreprises, dans les familles, dans les bistrots car la conduite de cette grève ne se fera pas sans vous. Il ne s’agit pas de débrayer et rester sagement chez soi mais d’occuper nos lieux de travail et mettre en place des comités d’action.

De votre investissement dans les débats, de votre détermination et solidarité dépendera l’issue de cette grève qui ne doit pas rester un simple moyen de contestation contre la réforme des retraites mais viser la reprise en main totale et sans condition de la production par les salariés eux-mêmes.

Sans travail, pas d’exploitation, pas d’économie, pas de domination politique.

https://www.lexpress.fr/actualite/politique/reforme-des-retraites-edouard-philippe-met-en-garde-contre-des-blocages_2101701.html

L’exécutif nous met en garde contre le blocage de l’économie car c’est bien là que réside notre force. Il trahit son impuissance anticipée à gérer un arrêt du travail massif et illimité sur l’ensemble du territoire.

Nous avons le pouvoir de créer une situation nouvelle dans ce pays et au-delà, nous qui désirons en finir avec ce système de prédation et de destruction, une autre occasion se présente, ne la manquons pas.

La grève ou la vie

Puisque nous savons que le gouvernement est au service du pouvoir économique, l’arrêt coordonné du travail est la seule perspective du mouvement.

L’enjeu n’est donc pas celui du « comment » mais du « pourquoi ». Les syndicats finiront par organiser un mouvement de grève générale, mais comme par le passé, aussitôt des aménagements salariaux obtenus, ils nous persuaderont que nous avons gagné et qu’il faut retourner au turbin.

En réalité la balle est dans le camp des travailleurs, l’arrêt massif du travail peut servir à remettre en selle le syndicalisme institutionnel et coller des pansements sur la plaie sociale ou faire entrer le mouvement dans une phase supérieure nous engageant tous sur la voie de l’émancipation de la dictature du fric sur nos vies.

Rats des villes, rats des champs

« L’histoire de Jérôme Laronze montre que la disparition des paysans est un choix politique »

Le 29 juin 2019, entretien avec Guillaume Cayet 

En 2017, le paysan Jérôme Laronze était tué par un gendarme. Son histoire, qui allie crise paysanne et violences policières, a inspiré une très belle pièce de théâtre. Guillaume Cayet, l’auteur, mêle intime et politique et rend hommage à cet homme « qui a dit non à un système qui voulait l’engloutir ».

Ce samedi à 20h, dans la ferme du paysan Jérôme Laronze à Trivy en Saône-et-Loire, tué par un gendarme en mai 2017, aura lieu la première d’une pièce de théâtre tirée de son histoire, Neuf Mouvements pour une cavale. Trois balles, tirées par les forces de l’ordre, avaient atteint l’éleveur de vaches — une de côté et deux de dos — alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Cela faisait neuf jours qu’il fuyait les représentants d’une administration au service, selon lui, de l’industrialisation de l’agriculture. L’histoire a inspiré le jeune auteur dramatique Guillaume Cayet, qui en a tiré une pièce. L’une des quatre sœurs de Jérôme, jouée par une comédienne, nous y raconte dans un monologue magistral comment ce n’est pas seulement un gendarme, mais un système agricole et politique qui a tué l’éleveur. Reporterre a pu assister à l’une des premières lectures publiques de la pièce, qui va au-delà du fait divers et relate avec tact et puissance les impasses imposées au monde paysan. Nous avons interrogé Guillaume Cayet au début de la tournée.

Guillaume Cayet 

Reporterre — Votre compagnie est installée dans la ferme d’un céréalier bio, à Ennezat (Puy-de-Dôme), à côté de Clermont-Ferrand. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au monde paysan ? 

Guillaume Cayet — Je viens d’un territoire rural à la limite de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. Quand j’ai commencé à écrire, toutes mes pièces parlaient de ce territoire. Je me suis rendu compte qu’il y avait un hiatus entre le territoire duquel je viens et les territoires urbains que j’ai arpentés en tant qu’étudiant. On ne connaît pas les territoires ruraux, les gens qui les peuplent. L’imaginaire que l’on en a est rempli de stigmatisations. L’une d’elles est de dire que le vote frontiste est un vote de beaufs, de la ruralité, de gens qui ne pensent pas. Une autre est la stigmatisation du paysan comme pollueur. Tout cela m’a beaucoup meurtri. Et puis, c’est théâtralement plus intéressant de travailler sur la campagne car la ville est polluée de flux, alors que la campagne ne l’est pas.

Comment avez-vous eu connaissance de l’histoire de Jérôme Laronze ?

On a eu l’idée avec Jean-Paul Onzon — le paysan qui héberge notre compagnie — d’ouvrir un nouveau cycle dans ma fiction, beaucoup plus intime, autour de paroles de paysans. Pendant deux semaines, on a rencontré des paysans et, à la fin, on est allé chez un porte-parole local de la Confédération paysanne [le syndicat agricole auquel Jérôme Laronze adhérait] qui connaissait Jérôme Laronze et qui nous a raconté son histoire. C’était en septembre 2017, quelques mois après sa mort. L’histoire rejoignait mes problématiques passées et à venir parce que je commençais tout juste un travail sur la violence policière avec le sociologue Mathieu Rigouste.

Comment avez-vous ensuite travaillé ?

Au début, j’étais très intrigué par la cavale. Je tentais d’imaginer ce que Jérôme Laronze avait pu vivre pendant ces neuf jours. Mais, assez rapidement, j’ai compris que ce n’était pas du tout de cela que je devais parler. Les violences policières, qui se terminent souvent par un non-lieu, m’ont fait penser à la tragédie d’Antigone qui cherche une sépulture pour son frère, et que Créon ne veut pas octroyer. J’avais lu quelques articles sur Marie-Pierre Laronze, l’une des sœurs de Jérôme, et je me suis dit : voilà, c’est cette femme qui va raconter l’histoire de son frère. Puis, les neuf jours de cavale ont donné neuf mouvements, qui sont autant d’entrées dans les dernières années de la vie de Jérôme. J’ai envoyé une première version du texte à Marie-Pierre, puis on s’est rencontrés, et j’ai retravaillé le texte à partir de ses remarques. Dans la pièce, il y a dans la pièce de fausses informations littéraires, mais aucune fausse information sur le dossier.

Cette histoire vous sert plus largement à poser les problèmes du monde paysan. En quoi n’est-elle pas qu’un fait divers ?

Cette histoire montre que la disparition des petits paysans est un choix politique, donc que ce choix politique est évitable. L’histoire de Jérôme raconte quelqu’un qui dit non à un système qui veut l’engloutir, comment, dans ce système de plus en plus néolibéral, on est obligé de répondre à des normes de plus en plus strictes parce qu’elles sont faites pour de gros groupes, pour l’agrobusiness. C’est la première chose.
La deuxième est qu’elle permet de faire le lien entre les consommateurs et consommatrices et les producteurs et productrices, et de montrer que l’on est beaucoup plus responsables que ce qu’on imagine de ce que l’on met dans nos assiettes. Cette histoire dit en miroir aux consommateurs et aux consommatrices : « Si vous voulez payer votre assiette moins cher, regardez les conséquences. »

Seule en scène, une comédienne joue la sœur du paysan décédé 

Un côté très intime et quotidien de la vie paysanne est aussi mis en scène. Pourquoi ?

Une phrase ponctue le texte : « Entre le paysan et son oreiller, il y a… » et finit par « entre le paysan et son oreiller, il y a un meurtre commis par le sommeil sur les rêves ». C’est cela qui m’intéressait, comment l’intime, le privé, est politique. Et puis la pièce ne veut pas faire une hagiographie de Jérôme Laronze, dire qu’il était un saint. Elle raconte la vie d’un paysan avec, aussi, ses travers. L’intime permet de complexifier.

Quel sens cela a-t-il de commencer la tournée en jouant à la ferme de Jérôme ?

On a voulu offrir cette première à la famille et aux proches. C’est important pour moi de dire : « Ce texte, je l’ai écrit en imaginant votre frère, votre proche. » Et puis, on a envie de s’impliquer, que notre démarche soit parallèle à celle du comité de soutien et de la famille. À chaque fois que l’on joue le spectacle, on organise ensuite un débat en invitant soit Marie-Pierre, soit des spécialistes, soit des gens du coin pour essayer de produire non seulement un savoir littéraire, mais aussi des savoirs théoriques, pratiques, et des débats.

Quelles ont été les réactions du public aux premières lectures avant la tournée ?

L’histoire est tellement sidérante que les gens sont bouleversés. Ils sont étonnés de ne pas en avoir entendu parler. Mine de rien, comme pour Rémi Fraisse, le fait que cela se soit produit sur un corps blanc et pas un corps racisé change beaucoup de choses. D’un coup, la violence policière est partout, plus personne n’est à l’abri.
Par ailleurs, la pièce va très loin dans l’intime : c’est juste une comédienne qui parle pendant une heure, donc il se produit un phénomène d’identification, soit avec la sœur, soit avec le frère.
Enfin, il y a un retour comique concernant l’avocat du gendarme. Il a réagi dans les médias et je l’ai introduit dans la pièce. Comme le titre est Neuf Mouvements, il a dû penser que c’était une comédie musicale, ou un ballet. Donc il a dit que l’on n’avait pas à faire un barnum de cette affaire, que, bien sûr, il y avait une victime, mais qu’il y en avait d’autres, le gendarme et sa famille, et que pour ces gens, on ne pouvait pas se permettre de raconter l’histoire alors que l’affaire est encore en cours. Ce qui est intéressant et militant dans la pièce est justement de prendre parti sur une affaire en cours. Et la réaction de l’avocat est, finalement, très valorisante car elle signifie que l’adversaire croit plus à la puissance du théâtre que nous.

Que vous a apporté l’histoire de Jérôme Laronze dans votre travail sur les violences policières ?

Mon travail sur les violences policières a beaucoup découlé de pensées théoriques, notamment de celle de la sociologue Elsa Dorlin. Cette dernière dit que quand un corps essaye de se défendre, il est rendu indéfendable. C’est vraiment l’histoire de Jérôme, mais aussi celle d’Adama Traoré, de Lamine Dieng, où à chaque fois on a voulu criminaliser la victime et la rendre indéfendable. C’est horrible de constater que la théorie et la pratique entrent totalement en adéquation.
Cela montre que l’État, et sa violence légitime, produisent des rapports similaires sur les corps qu’il veut dominer. Tout cela relève d’une même logique d’écrasement des classes laborieuses. Cela rejoint également ma réflexion sur la métropolisation et l’urbanisation à outrance, qui ne créent que des principes sécuritaires, qui eux-mêmes créent une police de plus en plus répressive, donc de plus en plus violente.

Comme le sujet en est très politique, la pièce est-elle difficile à diffuser ?

C’est horrible de dire cela, mais c’est un monologue, donc la pièce ne coûte pas cher, et on a beaucoup de dates.
Cependant, je trouve que le théâtre a aujourd’hui un problème : souvent, il se veut politique, montre des conflits sur le plateau, mais, à la fin, les réconcilie. Tout cela va dans le sens d’un effacement des classes sociales. En sortant du spectacle, les gens se sentent contents et vont boire un verre. Cela va avec le problème qui est que le théâtre, aujourd’hui, s’adresse à une élite blanche plutôt vieillissante. Très peu d’ouvriers et de racisés vont au théâtre, et les agriculteurs, n’en parlons pas ! Le théâtre que l’on revendique n’est pas du tout cela ! On ne veut pas mettre les gens d’accord.

Reporterre

Se parler sans intermédiaires

L’assemblée citoyenne du samedi 8 juin consacrait son après-midi à une rencontre avec les représentants des principaux syndicats et collectifs du département, à l’initiative d’un groupe de Gilets Jaunes.

Il ne sera pas ici question de discuter a posteriori le bien fondé, l’opportunité ni même la légitimité d’une telle démarche. Elle a eu lieu et doit servir de matériau critique à notre mouvement dans les semaines et les mois à venir.

Le nombre relativement important de participants au regard des locaux alternatifs mis à notre disposition (la salle Poly de Montferrand) et les contraintes horaires n’ont pas permis à toutes les personnes présentes de prendre la parole mais le débat peut et doit se poursuivre au-delà de nos assemblées.

Le format suscite d’abord quelques remarques : la salle, coupée en deux, est organisée de façon à ce que les représentants syndicaux soient placés dans une position extérieure et hiérarchique leur conférant globalement la maîtrise des échanges. Une autre organisation spatiale eût été, étant donnée notre mode de fonctionnement horizontal, plus cohérente ; soit que les représentants et militants se fondirent dans l’assemblée, soit qu’ils furent mis symboliquement dans le box des accusés, car nous ne devons pas oublier que les structures syndicales doivent rendre des comptes – puisqu’elles se réclament de l’intérêt des travailleurs – et qu’il n’existe en la matière aucune réciprocité. Nous ne devons de solidarité qu’à nos camarades exploités, aucunement aux appareils et encore moins d’obéissance à une quelconque chefferie. Une occupation différente des lieux aurait favorisé la mise en exergue des contradictions abstraites dans le débat entre le mouvement social et les institutionnels plutôt qu’un volontarisme unanime autour de la « convergence ».

Car au-delà de la forme, cette conflictualité s’est malgré tout manifestée en au moins trois occasions. La première, saisie par un camarade du rond-point du Brézet, a expressément visé les syndicalistes présents et les syndicats dans leur ensemble. Non pas telle ou telle action/inaction des syndicats dans des luttes sociales particulières, pas plus que l’orientation des uns ou des autres mais le syndicalisme comme forme même du mouvement social. Il était bien question de disqualification et de dépassement du syndicalisme par et dans le mouvement social, ce qui a jeté un froid dans la salle l’espace de quelques minutes mais qui n’a pas provoqué le débat nécessaire autour de la fonction des instances de représentation des salariés dans la dynamique des rapports sociaux de production.

La seconde, passée presque inaperçue, s’est matérialisée en milieu de séance lors de l’intervention d’un camarade souhaitant rebondir sur un précédent propos et qui s’est vu sèchement remis à sa place par Frédéric Bochard, secrétaire général de FO Puy-de-Dôme. S’en suit un cours de catéchisme démocratique au nom de la vertueuse tradition syndicale et un rappel aux bonnes mœurs en AG. Choc des cultures.

Gageons que ce monsieur ne doit pas avoir fréquenté beaucoup d’ouvriers au cours de sa longue carrière de professionnel du syndicalisme et encore moins nos rond-points pour adopter cette posture paternaliste au sein de notre groupe. Nous ne demandons pas la permission de parler, nous nous disputons volontiers, nous nous opposons lorsque c’est nécessaire et c’est dans la spontanéité que nous avons créé des liens solides ces derniers mois au grès des rencontres, actions, rassemblements et assemblées. Sans cotisations, subventions étatiques, ni censeurs. À bon entendeur.

Enfin, il y eût cette prise de parole importante d’un camarade cheminot de SUD-Rail qui a resitué son activité de militant syndical dans la longue histoire des luttes d’un secteur hautement malmené dans le cadre des politiques de privatisation conduites depuis plusieurs décennies par les gouvernements successifs sous impulsion patronale. Chronophage et énergivore, son implication dans le mouvement des Gilets Jaunes s’en est trouvée forcément réduite, bien qu’un soutien de principe ait été exprimé dès les premières mobilisations et que nous savons, par nos rencontres sur le terrain, qu’un grand nombre de collègues du rail, se joignent à nos rassemblements, avec ou sans chasuble. Il a été rappelé à l’assemblée que SUD-Rail au sein du mouvement des cheminots de l’année dernière comme des années précédentes luttait pour « l’intérêt général » en défendant la gratuité du train pour tous et non pour des intérêts corporatistes ou sectoriels, idée reçue largement diffuse dans les médias et le discours politique.
À cet autre moment, le débat aurait dû s’engager : quel bilan pour combien d’années de combat syndical ? Si l’accompagnement juridique et prudhommal des salariés par SUD n’est contesté par personne, il n’est évidemment pas de nature, pas plus que les actions ponctuelles de débrayage, à instaurer un réel rapport de force en faveur des travailleurs dans l’entreprise et encore moins dans le reste de la société. Comment expliquer que ceux qui sont en capacité de prendre le contrôle du réseau de transport donc d’enrayer le flux des marchandises en quelques heures ne soient jamais parvenus à organiser une telle offensive ? Cette volonté existe-t-elle chez les syndiqués ? Est-elle annihilée par la direction ? Dans la trajectoire et l’expérience de ce cheminot résidaient les réponses à ces questions cruciales que notre assemblée n’a pas réussit à faire émerger, même si une camarade reviendra à la charge en fin de séance, sans plus de succès auprès des autres représentants syndicaux.

Au cours des débats, Frédéric Bochard qualifia à plusieurs reprises notre mouvement d’expression de la lutte des classes mais n’a pas expliqué en quoi son syndicat, Force Ouvrière, fût par le passé un acteur de celle-ci, ni quels sont aujourd’hui ses objectifs. Un représentant de la CFDT a été plus loquace lorsqu’il rappela les « rôles et attributions » de chacun, c’est-à-dire la séparation et la spécialisation des tâches au sein même du mouvement social, divisions que les Gilets Jaunes tentent précisément d’abolir.

Bien que fait de non-dits et d’impensés, a plané sur l’assemblée le vieux débat, tranché par l’Histoire, sur la vocation réformiste des syndicats.

Dans un article au titre provocateur, Les syndicats contre la révolution, Benjamin Péret écrivait dès 1952 :

« […] même lorsque le syndicalisme adopte des principes de lutte des classes, il ne se propose à aucun moment, dans le combat quotidien, le renversement de la société ; il se borne au contraire à rassembler les ouvriers en vue de la défense de leurs intérêts économiques, dans le sein de la société capitaliste. Cette défense prend parfois un caractère de combat acharné, mais ne se propose jamais, ni implicitement, ni explicitement, la transformation de la condition ouvrière, la révolution. […] aucune action ne sera jamais entreprise dans ce but.»

 

Si la subversion de l’ordre inique capitaliste, basé sur l’exploitation et l’aliénation des travailleurs, est exclue du programme des syndicats, comment peuvent-ils dans le même temps se présenter comme les outils de leur émancipation ?

Péret poursuit :

« Le syndicat, né d’une tendance réformiste au sein de la classe ouvrière, est l’expression la plus pure de cette tendance. Il est impossible de parler de dégénérescence (ou de trahison NDLR) réformiste du syndicat, il est réformiste de naissance. À aucun moment, il ne s’oppose à la société capitaliste et à son Etat pour détruire l’une et l’autre, mais uniquement dans le but d’y conquérir une place et de s’y installer. Toute son histoire, de 1864 à 1914, est celle de la montée et de la victoire définitive de cette tendance à l’intégration dans l’Etat capitaliste, si bien qu’à l’éclatement de la première guerre mondiale, les dirigeants syndicaux, dans leur grande majorité, se retrouvent tout naturellement du côté des capitalistes auxquels les unissent des intérêts nouveaux issus de la fonction que les syndicats ont fini par assumer dans la société capitaliste. Ils sont alors contre les syndiqués qui, eux, voulaient abattre le système et éviter la guerre et ils le resteront désormais pour toujours. »

On pourrait penser qu’il s’agit là d’une position extrême et minoritaire au sein du mouvement social, dans lequel les syndicats sont, de fait, engagés.

Voici ce que Yves Veyrier, le nouveau secrétaire général de FO clamait lors d’un entretien en novembre dernier, au plus fort de la mobilisation des Gilets Jaunes :

Vous avez été élu avec le soutien des réformistes de FO. C’est leur victoire ?

« Les réformistes ont forcément gagné car à Force ouvrière, nous sommes tous réformistes. La confédération a gagné, l’ensemble des militants a gagné, nous avons montré que nos statuts, notre mode de fonctionnement est efficace et moderne. »

Ce que Yves Veyrier ne semble pas comprendre, c’est que c’est cette modernité réformiste, en tant qu’idéologie de la classe dominante, qu’ont balayé des millions de gaulois réfractaires sous la bannière des Gilets Jaunes, en neutralisant ses deux principaux pôles : les partis politiques et les syndicats.

C’est donc moins aux structures et directions qu’à nos camarades syndiqués que nous devons parler pour faire renaître chez eux comme dans l’ensemble de notre classe sociale l’aspiration au dépassement du monde de la domination économique. Les crises successives et sans cesse plus fréquentes que nous subissons, industrielles, financières, bancaires, politiques, institutionnelles, sanitaires et environnementales sont celles de la dictature de l’économie sur nos vies. En revendiquer les mécanismes de production, à savoir le salariat, l’argent et l’État c’est déplorer les effets de notre misère tout en en chérissant les causes !

Sur les trois heures qu’auront durées l’assemblée, l’expression grève illimitée n’aura jamais été prononcée par les responsables syndicaux qui lui ont préféré l’idée plus confuse et moins engageante de « blocage » comme perspective d’action. Paradoxalement, c’est un camarade salarié du privé qui brisa le tabou pour en souligner les difficultés d’organisation dans un contexte de précarité contractuelle et d’endettement des ménages. Relativisons ces obstacles et souvenons-nous que les travailleurs indiens, argentins, grecs ou soudanais, qui connaissent des situations plus extrêmes que les nôtres, n’ont pas hésité à prendre des risques ces derniers mois en arrêtant le travail. En outre, l’échec ou le succès d’un mouvement de grève provient des conditions qui la sous-tendent (selon que les travailleurs revendiquent une amélioration de leur sort, comme c’est le cas dans la grève sectorielle et générale ou entreprennent de révolutionner l’organisation sociale toute entière en cessant la production et occupant les lieux de travail) donc de son ampleur dans l’espace et dans le temps mais aussi et surtout de son autogestion par les salariés eux-mêmes.

Certes, les actions ciblées visant à affecter la chaîne logistique partout sur le territoire ont été de notre initiative, mais on ne peut pas dire que les syndicats aient embrayé en préparant un mouvement de grève à la hauteur de la situation sociale et dont ni les acteurs ni l’État ne peuvent jamais présumer de la tournure.

Nous posons donc la question aux camarades dans les entreprises, syndiqués ou non : l’heure est-elle à la réforme politique et aux ajustements salariaux ou au conflit ouvert avec l’ordre marchand en vue de reconquérir nos vies ?

Le retour de la question sociale

Pour une fois, Macron dit vrai : le mouvement n’a plus de débouché politique.

Il a juste un train de retard, les Gilets Jaunes ayant renvoyé dos à dos et pour l’ensemble de leur œuvre les partis politiques et les appareils syndicaux dès le 17 novembre.

C’est d’ailleurs pour cela, ne craignant pas le paradoxe, qu’il appelle les hommes et les femmes engagés dans la lutte sociale à déposer les armes en se rendant aux urnes le 26 mai prochain… et tant qu’à faire, à « se présenter aux élections. »

Car la vraie terreur de la classe dominante est bien l’abolition des intermédiaires entre les sans-dents et elle, dont le système dit démocratique et son cirque électoral sont le fer de lance.

Rupture que nous avons opéré et sans demander la permission de ce gouvernement, ce qui nous vaut le déchaînement de violence de l’État.

« La démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi » nous dit-il. Là aussi il a raison bien malgré lui : ce qui se joue sur les ronds-points toute la semaine est l’auto organisation d’une classe sociale et l’élaboration d’un projet commun qui entendent dépasser le monde du fric et de la politique dont lui et son gouvernement mais aussi l’ensemble de la technostructure européenne sont la synthèse.

Qu’il nous (re)fasse le coup de la « positive attitude » est de bonne guerre mais chacun sait que la négation d’un réel présenté comme immuable est le premier rouage du mouvement de l’Histoire.

Lorsque l’on regarde dans le rétroviseur social, ce que nous avons réalisé en six mois de combat est immense : non pas quantitativement, les bidouillages budgétaires n’ont pas vocation à résoudre nos problèmes, seulement gérer le conflit que nous avons ouvert, mais qualitativement car nous avons recrée les liens non marchands que cette société s’emploie à détruire depuis si longtemps.

Ces liens sont le ferment de notre mouvement, qui, de la contestation de points de détail est devenu le lieu d’expression de nos possibilités humaines et de notre soif de vivre. Dans cette confrontation, nos expériences, bonnes ou mauvaises sont la matière première de la conscience révolutionnaire qui reconnaît en chacun ses propres conditions d’exploitation et le désir ardent d’en sonner le glas. Elles sont les outils, sans cesse perfectionnés, de notre émancipation.

Dans le système capitaliste c’est l’économie qui donne le las, que la souverainté soit entre les mains de tel ou tel parti, telle ou telle institution ou échelon politique.

Pour ne considérer que les exemples les plus récents, le Parti pirate en Islande, Syriza en Grèce, Podemos en Espagne ou encore le Mouvement cinq étoiles en Italie : aucune de ces structures n’a été capable d’impulser une dynamique de transformation depuis leurs parlements et il n’y a là aucune surprise ni déception car l’Histoire a depuis deux siècles fait le procès de la social-démocratie tout autant que du nationalisme ; les travailleurs ont seulement à puiser dans la mémoire des luttes paysannes et ouvrières pour renouer avec l’évidence selon laquelle la « question sociale » n’est jamais posée que par eux-mêmes et dans des termes qui dépendent de leurs conditions matérielles d’existence immédiates.

Si nous voulons réellement rompre avec l’organisation sociale actuelle et son mode de production destructeur, il va falloir porter le combat sur le terrain de l’adversaire et non là où par définition il nous domine – puisqu’il détermine entièrement le jeu politique – à savoir nos lieux d’exploitation.

Perdons nos dernières illusions, resserrons les rangs et réfléchissons dès aujourd’hui aux moyens de fédérer autour du plus vaste mouvement de grève que ce pays ait jamais connu.

Ainsi, nous ferons plus que bouger les lignes car nous resterons acteurs de notre mouvement et déciderons jusqu’où nous désirons le porter.

Zone à dé(cons)truire

Sous un ciel chargé, les Gilets Jaunes de l’agglomération clermontoise se sont donnés rendez-vous Boulevard Gustave Flaubert le samedi 11 mai pour une action de bloquage de l’entrée du centre commercial E.Leclerc La Pardieu afin de protester contre la cherté de la vie. 

Sous les applaudissements et les slogans scandés des camarades, une jolie pyramide de caddies a été dressée devant les portes automatiques, réduisant ainsi pendant quelques dizaines de minutes l’accès au magasin.

Les agents de sécurité (aujourd’hui gilets oranges soumis, demain Gilets Jaunes en révolte) ne sont pas intervenus, l’opération a pu être menée jusqu’à son terme et le moment de « désobéissance civile » immortalisé dans un mélange de saine colère et de joie.

Au-delà de l’agitation autour des conditions de vie misérables d’un nombre croissant de français, pour qui l’achat des denrées de base devient un sujet de préoccupation mensuel et parfois hélas une difficulté du quotidien, l’irruption des Gilets Jaunes en zone industrielle, rebaptisée ZAE (zone d’activités économiques) pour les besoins du tertiaire, est significative : elle est à la fois l’extension et le pendant négatif du rond-point des sociabilités jaunes.

Comme fût pris d’assaut l’impersonnel giratoire, ce carrefour de la marchandise humaine alimentant nos villes en flux permanent de chair à travail, il était logique que sa destination impérative, les grands magasins euphoriques de la société de consommation devînt la cible du sabotage de la conscience réfractaire.

Les grandes surfaces privatives de la marchandisation universelle symbolisent aussi le système politique de prévarication et l’exploitation salariale inhérents au mode de production capitaliste qui ravage nos territoires. 

Du trucage des marchés publics aux régimes d’exonération des zones franches urbaines en passant par l’escroquerie du CICE, nous savons combien les grands groupes de la distribution ont leur part de responsabilité dans la dilapidation du fruit de notre labeur.

La composition du capital social de ces sociétés, souvent cotées en bourse, induit des politiques managériales tyranniques et une présurisation du personnel tout au long de la chaîne logistique quand la concurrence du secteur n’impose pas la fermeture de sites avec son cortège de plans dits sociaux.

En tant qu’intermédiaires parasites entre le monde de la production agricole et le consommateur elles représentent aussi l’antithèse de notre aspiration à vivre en adéquation avec les rythmes de la nature dans des cités à taille humaine où les frontières entre paysans et habitants seraient inexistantes.

Il paraît que les hypermarchés sont menacés par le développement du numérique et un retour au commerce de proximité. Les Gilets Jaunes se battent pour dépasser un système tout entier, nous n’accueillons donc pas l’annonce de la « dématérialisation » du procès de production comme une bonne nouvelle, le cas Amazon manifestant au contraire la dégradation des conditions de travail de salariés précarisés à outrance et aliénés comme jamais à la rationalisation technologique des tâches.

Mais si ces temples de l’ersatz venaient à disparaître, nous danserions volontiers sur leurs ruines.

 

TINA ?

« There is no alternative (TINA), traduit en français par « Il n’y a pas d’autre choix » ou « Il n’y a pas d’alternative » ou « Il n’y a pas de plan B », est un slogan politique couramment attribué à Margaret Thatcher lorsqu’elle était Premier ministre du Royaume-Uni.

Ce slogan signifie que le marché, le capitalisme et la mondialisation sont des phénomènes nécessaires et bénéfiques et que tout régime qui prend une autre voie court à l’échec. »

Réalités digitales

Coursier à vélo, l’exploitation à la cool.

Par Matthieu Le Crom, le 2 mai 2019

© Jules Salé

Tout commence dans un open-space de 400m² en plein Marais. Baby-foots, paniers de fruits, canapés, bar-cafétéria.

Je suis là pour une réunion d’information pour devenir coursier à vélo chez Frichti, la nouvelle start-up de livraison de repas sur Paris. Avec moi une vingtaine de mecs de mon âge, entre 20 et 35 ans. 10 noirs, 7 marrons, 3 blancs, tous plus au moins le même style : survet’ Nike, sacoche, casquette, maillot de foot, doudoune.

On déambule comme une meute ébahie dans cet open-space, au milieu des employés de la boîte. Posés sur les canapés design, à moitié allongés mais pas trop, en tailleur façon yoga, d’autres jeunes de notre âge, quasiment tous blancs, tous un MacBook dernier cri en main, tous très stylés, avec les dernières fringues branchées sur le dos. Des hipsters dans toute leur splendeur, regardant passer la meute.

Nous entrons dans un bocal vitré, entassés sur des tabourets, collés les uns aux autres. Pas un verre d’eau, on attend. De l’autre côté de la porte vitrée qui se referme derrière nous, les gagnants de la transition numérique nous observent du coin de l’œil, ceux qui maîtrisent les nouveaux codes de la start-up nation, ceux qui peuvent côtoyer le baby-foot sans vraiment y jouer, ceux qui sont en France depuis plusieurs générations et qui ont pu faire des études de marketing, d’informatique ou de digital networking.

Moi je suis avec des immigrés et des fils d’immigrés, des gens qui parlent à peine français, des gens dont le marché du travail ne veut pas, des blédards.

Un formateur nous parle de Frichti, il explique à Mamadou comment dire bonjour quand il livrera sa salade de carottes rappées.

Présentez vous :
– « Mamadou Sissoko »
– « Non on dit « Bonjour je m’appelle Mamadou Sissoko, allez recommence » « .
Malaise.

Des gars comme Mamadou, Frichti en recrute à tour de bras, tous sous le statut d’auto-entrepreneur. On est vingt fois plus que ce dont ils ont besoin, mais ça ne leur coûte rien et ça leur permet d’être sûrs d’avoir de la main d’œuvre en permanence. Parce qu’une fois la réunion d’information finie on n’est pas embauchés pour autant. Pour pouvoir travailler il faut s’inscrire sur un créneau, un « shift ».
Là, c’est la concurrence qui commence entre nous : le jeudi – à 15h précises – on doit se battre virtuellement sur un site internet, cliquer sur les shifts pour réserver une place. On doit être des centaines à cliquer partout sur le site dans l’espoir d’avoir du boulot, le serveur sature, le site bug … Résultat des courses : en trois minutes tout est complet. J’ai obtenu deux shifts de 3h à l’autre bout de la ville pour la semaine prochaine, seulement 6h de travail alors que j’en voulais une trentaine. Au mieux je vais gagner 60 euros.

Arrivé au centre d’où partent les commandes appelé « hub », pour rester dans l’esprit start-up, le local ne ressemble à rien : 5m² de carrelage sale, un écran d’ordinateur avec un code à scanner pour marquer sa présence. Je comprends vite que cet ordinateur va être mon principal interlocuteur.

Les coursiers et les managers sur place ne disent pas bonjour, personne ne m’explique quoi que ce soit, seul mon smartphone m’écrit « Bienvenue au hub ». Une liste de codes s’affiche sur mon écran, je les retrouve sur des sacs en papier entreposés dans une chambre froide, je charge les sacs en papiers remplis de carottes rappées dans mon sac à dos isotherme.
Depuis le début j’ai dû échanger au maximum 15 mots avec la boîte qui m’emploie mais ça y est, je bosse pour eux.

Je roule à toute blinde dans les rues bondées de Paris, des ruelles étroites prévues pour des piétons il y a trois siècles dans lesquelles des camions bloquent toute la chaussée, des boulevards haussmanniens dans lesquels ces mêmes camions bombardent pour rattraper leur retard. C’est la jungle urbaine, qui ira le plus vite, qui passera devant le premier, qui prendra le plus de risques pour gagner une seconde.
J’ai l’impression que je vais crever à chaque carrefour mais l’adrénaline m’excite et me fait prendre toujours plus de risques, toujours aller plus vite, ne jamais s’arrêter, surtout pas aux feux rouges, perte de temps.
Je fais corps avec la conduite frénétique parisienne où seuls ceux qui roulent comme des dingues sont respectés par les autres. Si tu es trop lent tu te fais maltraiter, on te laisse pas passer, on te fonce dessus, je n’ai pas le choix, bouffer ou être bouffer, j’ai choisi mon camps.

Mon téléphone bipe, il m’indique qu’à partir de maintenant je suis en retard sur ma commande, un chronomètre rouge démarre. Impossible d’être dans les temps, le timing est calculé sans prendre en compte le trafic et les temps de livraison à pied : trouver où accrocher son vélo, monter chez le client, l’attendre, regarder le prochain itinéraire, boire une gorgée d’eau … Seuls les temps de trajets théoriques en vélo sont pris en compte par le chronomètre, c’est intenable, je suis tout le temps en retard, ça m’énerve donc je roule plus vite, je prends plus de risques, je bois moins d’eau.

J’ai l’impression que plus je carbure plus j’ai des commandes, je suis en train de me faire pote avec l’ordinateur. Au bout de 2h de course folle je retourne au hub. A peine passé la porte, mon téléphone est reconnu par l’ordinateur, je ne sais pas comment il fait mais il sait que je suis là, mon téléphone bipe, des nouvelles commandes à faire immédiatement, j’achète un café au distributeur, un agent de Frichti m’appelle sur mon téléphone, l’ordinateur m’a vu prendre une pause, ce n’est plus mon pote.

Cette ordinateur avec lequel j’essaie de sympathiser – et qui en gros est mon patron – ne s’est pas présenté, je ne sais pas ce qu’il regarde dans mon téléphone, comment il me juge, comment il collecte mes données pour faire des statistiques de mes performances et quelles sont les répercutions de ces statistiques sur la quantité et la qualité du travail qu’il va me donner par la suite, est-ce qu’il va me faire partir à l’autre bout de Paris pour faire une seule commande parce que je suis trop lent ? C’est possible. Je dois sûrement avoir une note que je ne connaîtrais jamais. Mais quelque part, être jugé par une machine porte l’avantage d’une certaine objectivité, il ne peut pas ne pas aimer ma gueule, il se concentre sur des faits, le problème – en dehors du fait que je ne sais pas comment il fonctionne – c’est que je ne peux pas lui dire que le numéro 53 de la rue Bouchardon est introuvable parce qu’il est caché dans un angle de la place Saint-Martin et que c’est pour ça que j’ai trois minutes de retard.
Non tout ce que je peux lui dire c’est : « Commencer nouvelle livraison ».

Sept jours sur sept, 7h par jour, avec une coupure de 3h en milieu de journée, pour 1200 euros. C’est ce que fait un coursier avec qui je discute.
Il me dit qu’il a de la fièvre en rentrant chez lui, entre l’effort physique, le poids du sac, les escaliers à monter, le rythme infernal, la pollution et le stress de la circulation, ça ne m’étonne pas.
Il me dit qu’au début les plateformes paient bien pour attirer des coursiers.
Que plus les candidats affluent aux inscriptions plus les rémunérations baisses.
Que les coursiers ne disent rien parce qu’ils savent qu’ils sont des centaines à vouloir bosser pour le peu de place disponible, c’est la concurrence entre eux à celui qui acceptera de bosser pour le moins cher, un retour au conditions de travail d’il y a deux siècles ou à celles du tiers monde, au choix.
Ils ont la dalle, ils parlent à peine français, beaucoup en permis de séjour, rémunérés sur des comptes au bled. Personne ne veut les employer en France, alors pour eux 5 euros de l’heure, c’est déjà ça.
À ce rythme là dans quelque temps les coursiers seront payés 1 euro de l’heure et il y aura encore du monde pour vouloir pédaler.

Le soir je change de hub, je me retrouve dans une ruelle sordide comme seul le 18e arrondissement sait en produire. Une dizaine de noirs et de marrons traînent devant le hub, un type me dit que ça fait 4h qu’il est là, il a fait une seule commande, il a gagné 15 euros.
« Entre zoner ici ou zoner ailleurs autant zoner ici ». On en est là, on recrute des gars pour zoner devant le hub, c’est gratuit et ça permet de livrer les commandes très rapidement.
Comme si un restaurant avait vingt serveurs pour se partager un poste. Les clients sont servis immédiatement, les serveurs mangent les miettes.

Un manager débarque en furie « Les gars il va falloir pisser dans le trou ! Sinon plus d’accès au chiottes ! Vous savez quoi ? Ça c’est depuis qu’il y a que des blédards ici, avant quand il y avait des Français c’était pas comme ça ! »
Je suis le seul blanc et en plus je viens d’aller pisser. Grosse gène.

Les managers sont aussi des noirs et des marrons, seulement eux parlent bien français. Ils doivent avoir un bac pro vente tandis que les coursiers n’ont peut-être pas le brevet des collèges.

Un blédard c’est quoi en fait ? Littéralement du mot arabe « bled » qui veut dire village, un blédard c’est un campagnard, et le gars de la campagne est réputé pour être rustre, pour ne pas maîtriser les règles du savoir-vivre en bonne société.
Aujourd’hui le blédard – selon mon interprétation – c’est le campagnard de la ville-France, c’est un étranger qui n’a pas assimilé la culture française, les codes sociaux qui permettent de s’intégrer et de se faire respecter, quelqu’un qui est accusé de pisser à côté, mais surtout quelqu’un qui ne maîtrise pas la langue, quelqu’un qui n’a pas eu la possibilité de passer son bac.

C’est ces mecs-là qu’on retrouve aujourd’hui tout en bas de l’échelle de la start-up nation, payés au lance pierre, à la tâche, sans salaire minimum, sans arrêt maladie en cas d’accident, sans congés payés, sans chômage, avec des outils de travail à leurs frais : un smartphone obligatoirement 4G qui coûte cher, un vélo souvent décrépi avec des freins à moitié cassés, pas de casque, pas de lumières pour assurer leur sécurité dans la nuit.

Alors certains parlent de syndicats, d’autres essaient de se faire requalifier en salariés, ce que la Cour de Cassation a validé, car ça coule sous le sens.
Nous somme « auto-entrepreneurs » mais nous n’entreprenons rien du tout, nous répondons aux besoins et aux ordres d’une entreprise, donc nous sommes des employés. Point.

Ce salariat déguisé est une faille qui ressemble en tout point à du travail au noir. D’autres parlent de jouer sur l’image de ces boîtes très attachées au marketing, un « bad buzz » pourrait les amener a réviser les conditions de travail des coursiers à la hausse : proposer des contrats salariés, remonter les rémunérations, fixer un minimum horaire, fournir les outils de travail, réduire les cadences, garantir du travail en arrêtant de sur-recruter, être transparent sur les algorithmes … Beaucoup de facteurs peuvent être améliorés pour obtenir des conditions de travail dignes.

Faut-il vraiment balayer deux siècles d’acquis sociaux dans le seul but de satisfaire des cadres dynamiques qui veulent garder la ligne en mangeant des carottes rappées emballées dans trois boites en plastique, livrées en sept minutes à leur agence de design par un esclave à vélo ? Non, c’est notre corps social qui est en jeu.

Perspicace ?

Contexte de marché exigeant

Menace de fermeture de C&A à Clermont-Ferrand : « Ce sont les fondations du Centre Jaude qui sont touchées »

Le centre Jaude et la façade de l’enseigne C&A dans les années 80

L’enseigne d’habillement C&A de Clermont-Ferrand fait partie des 14 magasins menacés par une fermeture en France. Une catastrophe pour les seize salariés clermontois et la fin probable d’une histoire pour un magasin implanté depuis presque 40 ans.

Par Pierre Peyret, le 24 avril 2019

C&A, ces deux lettres trônent sur la façade du Centre Jaude à Clermont-Ferrand depuis presque 40 ans et l’inauguration du centre commercial le 10 septembre 1980. Mais pour combien de temps encore ?

Selon Force ouvrière, la direction de C&A fermerait quatorze magasins en France via un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) annoncé en fin de semaine par la direction de l’enseigne. « Le nom du magasin de Clermont-Ferrand a été cité », confirme Maria Rodrigues, déléguée syndicale centrale Force Ouvrière. Au même titre que ceux de Saint-Etienne, Caen, Poitiers ou Cosne-sur-Loire.

L’enseigne C&A pourrait fermer 14 magasins en France dont celui de Clermont-Ferrand

« C’était attendu », regrette Frédéric Bochard. Le secrétaire général de l’Union départementale Force Ouvrière du Puy-de-Dôme abonde : « Il y a eu au fil des années une réduction de la voilure pour arriver aujourd’hui à une petite dizaine de salariés (seize : NDLR). Rien n’a été fait pour relancer l’activité de ce magasin », s’exaspère-t-il.

Si aujourd’hui, les salariés, dont certains travaillent là depuis plus de trente ans, ne sont plus que seize, ils ont été jusqu’à 66 croit savoir Christophe Juillet, directeur du Centre Jaude.

« On m’a raconté qu’il y avait même une cantine dans les étages, avec cuisinier », poursuit le directeur du Centre Jaude, étonné d’avoir appris la nouvelle par voie de presse. Tout comme les salariés et la responsable, rencontrés ce mardi, et qui ne souhaitent pas commenter l’annonce pour le moment.

« C’est un classique. C’est comme si la Fnac partait »

« C’est une catastrophe pour les employés et ce sont les fondations du Centre Jaude qui sont touchées. Je suis dans l’incapacité de dire s’ils partiront ou pas. L’enseigne a su se renouveler au fil des années. C’est un classique. C’est comme si la Fnac partait », compare Christophe Juillet.

Avec une surface de 3.000 m² répartis sur deux étages, l’enseigne néerlandaise fait partie des plus grands commerces des deux centres commerciaux, « derrière la Fnac et H&M ».

Nouvelle réunion le 6 mai

Contactée, la direction n’a pas donné suite à nos sollicitations pour confirmer si le magasin clermontois était bien concerné. En début de semaine, elle a indiqué qu’une « information-consultation » avait été engagée à l’issue de la réunion du 18 avril et que son projet avait « pour objectif de sauvegarder sa compétitivité » dans un « contexte de marché exigeant ».

La chaîne néerlandaise a déjà fermé huit magasins en 2018 et treize avant cela. En 2016, l’enseigne avait fermé son magasin parisien de 5.400 m² ouvert sur la place de la Madeleine quatre ans plus tôt.

Un nouveau rendez-vous est donné le 6 mai, date où le PSE sera négocié. Mais Maria Rodrigues est pessimiste. « L’objectif est d’avoir un maximum d’avantages pour que les salariés obtiennent quelque chose. »

Qui pour remplacer C&A ?

Si l’enseigne – par ailleurs présente avenue Ernest-Cristal à Aubière – venait à quitter le Centre Jaude, un espace de 3.000 m² se libérerait. Force ouvrière évoque la reprise des locaux par la marque espagnole Zara, mais sans le personnel de C&A. Une information que ne confirme pas le directeur du Centre Jaude : « C’est un nom qui revient depuis quatre ans que je suis là ».

lamontagne.fr

Distance de sécurité

À Marseille, des policiers fracassent le crâne d’une jeune femme à terre

Par Pascale Pascariello, le 30 avril 2019

Maria, 19 ans, a déposé plainte mardi auprès du parquet de Marseille pour tentative d’homicide, violences volontaires aggravées et non-assistance à personne en danger. Le 8 décembre dernier, en marge d’une manifestation de « gilets jaunes », elle a été rouée de coups de pied et de matraque par des policiers. Son cerveau, notamment, a été endommagé.

Le 8 décembre 2018, à Marseille, Maria*, 19 ans, a été grièvement blessée par les forces de l’ordre. D’abord touchée par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) à la cuisse, la jeune femme, qui s’est écroulée à terre, a été alors violemment matraquée et frappée à coups de pied à la tête.

À l’hôpital, elle a été opérée en urgence pour « un traumatisme cranio-facial droit par coup de matraque et embarrure frontale droite en regard avec contusion cérébrale ». Autrement dit, Maria a le crâne fracturé et son cerveau a été touché. C’est seulement en avril, cinq mois plus tard, qu’elle a été en capacité de reprendre son poste de vendeuse, qu’elle occupe en alternance avec ses études. Toujours sous contrôle médical, elle est également suivie par un psychiatre, au regard de son « état de stress aigu » associé à des « cauchemars fréquents », selon le constat médical.

Son avocat, Brice Grazzini, a déposé plainte mardi 30 avril auprès du parquet de Marseille contre « personnes non-dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier » pour « tentative d’homicide », « violences volontaires aggravées », « non-assistance à personne en danger » et « non-obstacle à la commission d’une infraction ».

Que s’est-il passé le samedi 8 décembre 2018 ?

Ce jour-là, aux alentours de 18 heures, Maria quitte plus tôt la boutique du centre-ville où elle travaille pour rejoindre son ami et regagner ensuite son domicile.

Ils empruntent la rue Saint-Ferréol, artère commerçante, qui plus tôt dans la journée a été le théâtre d’affrontements, dans le cadre de l’acte IV des « gilets jaunes » et de la mobilisation contre les logements insalubres à Marseille. Non loin de là, sur la Canebière et le Vieux-Port, des heurts se poursuivent entre manifestants et forces de l’ordre qui quadrillent le pourtour des rues adjacentes.

« J’étais avec mon ami et les policiers nous ont dit qu’ils faisaient un périmètre de sécurité. On a alors pris la direction de chez moi », explique Maria à Mediapart.

Six personnes présentes ont apporté leurs témoignages dans le cadre de la plainte. Parmi elles, Olivia précise que « les manifestations de l’après-midi venaient de se terminer et des groupes de CRS et de policiers continuaient à occuper les rues principales en bloquant l’accès ou le passage. Il y avait quelques personnes, de différents âges, marchant tout au long de la rue Saint-Ferréol. Personne n’avait d’attitudes menaçantes. Tout le monde était dans le calme ».

Sur les images que Mediapart a pu visionner, la rue semble relativement tranquille. Des policiers sont présents, quelques jeunes aussi et des pompiers éteignent des feux de poubelles.

« Quand tout à coup un groupe d’hommes, habillés en noir et armés de matraques, se précipitent en courant et en criant dans ma direction », indique Olivia dans son attestation en précisant : « Je les identifie immédiatement comme des membres des forces de l’ordre. J’ai le réflexe rapide de me dégager en me rabattant contre le mur d’immeuble à côté pour éviter d’être percutée dans la course. »

Faits confirmés par Camille, présente, elle aussi, lors de la charge soudaine et inexpliquée des policiers. Elle témoigne : « Alors que nous étions quelques personnes à marcher calmement dans la rue Saint-Ferréol, sans heurts autour de nous, une ligne de CRS et d’agents de la BAC ont tiré des projectiles (je ne sais pas de quelle nature) et ont commencé à se rapprocher de nous rapidement. Nous sommes plusieurs à avoir couru vers la première rue perpendiculaire (rue de la Glace) pour nous mettre à l’abri. J’ai entendu un cri de douleur et j’ai vu tomber quelqu’un, une jeune fille. »

La « jeune fille », c’est Maria. « Lorsque les policiers ont chargé, je n’ai rien compris à la situation. Je n’ai jamais manifesté et j’ai eu très peur. J’ai couru vers la première rue perpendiculaire, la rue de la Glace, mais j’ai reçu un tir dans la jambe. J’ai crié parce que j’avais très mal à la jambe. Je suis tombée par terre. »

La suite est glaçante. Plusieurs récits relatent une scène « chargée en violence ».

En voyant Maria blessée par le tir de flashball, « des personnes ont commencé à crier “personne à terre !” », rapporte Laurence. « Au même moment, cette personne au sol s’est fait encercler par des policiers et matraquer avec violence alors qu’elle était à terre. […] À ce moment-là, j’étais sous le choc. La scène était chargée en violence. Je m’aperçois que des matraques frappent violemment la personne en continu durant un bon moment. »

Camille voit « plus de dix agents de police en jean, casqués, matraque à la main et brassard à l’épaule arriver en courant et mettre chacun à leur tour des coups de matraque et de pied à la personne clouée au sol ».

Autre témoin contactée par Mediapart, Denise est encore émue à l’évocation de cette soirée. « Juste devant moi, il y avait cette jeune fille, menue, qui tombe. Et là, une nuée de policiers, pour la plupart en civil, casqués, s’engouffrent dans la petite rue et donnent, en passant, des coups de matraque et des coups de pied à la fille alors qu’elle est à terre. »

Denise est catégorique : « Il y a eu au moins trois coups de matraque, et de trois policiers différents, et un coup de pied au visage. Après, j’ai été éloignée par un policier. »

Elle ne sera pas la seule à être repoussée. « Malgré le fait que les policiers m’interdisaient de la rejoindre, j’ai insisté et réussi à passer, déclare Lucie. Arrivée vers elle, j’ai retrouvé d’autres personnes venues à son secours et j’ai constaté qu’elle avait le crâne enfoncé et ensanglanté. Il y avait des traces de sang au sol, jusque sur les murs. […] La police en civil est partie sans même vérifier son état. »

Un autre témoin fait le même constat : « Au moment où nous nous approchons, tous les policiers autour de la personne au sol se dispersent. Nous constatons son état très inquiétant puisqu’elle a une plaie ouverte à la tête. »

«Je ne sais pas si cette plainte va aboutir»

« L’agression a eu lieu vers 18 h 40. Je parle d’agression parce qu’il n’y a pas d’autre mot », estime Denise qui a appelé les pompiers alors qu’une infirmière prodiguait les premiers soins à Maria. « Nous nous sommes mis autour d’elle à plusieurs parce qu’il y avait encore des policiers plus loin dans la rue et nous avions peur qu’ils refassent la même chose », précise-t-elle.

Maria a encore des difficultés à revenir sur ce moment. « Je me souviens que j’avais très mal à la jambe lorsque je suis tombée par terre. Puis tout est allé très vite. Des policiers ont surgi sur moi et j’ai reçu des coups dans la tête puis j’ai senti de la chaleur. J’étais tellement choquée. Les coups ont continué. Puis je me suis sentie partir lorsque des gens sont venus m’aider. »

Sidérés, tous les témoins de la scène ne parviennent pas à comprendre les raisons de cet acharnement.

Mediapart a pu visionner plusieurs vidéos des faits. Sur l’une d’elles, on perçoit une personne au sol, entourée de policiers, en civil, brassard à l’épaule, et on entend des personnes interpeller ces agents : « Doucement, arrêtez, elle n’a rien fait ! Elle est tombée, vous êtes arrivés et vous l’avez fracassée. »

Dans une autre vidéo, plusieurs policiers de la BAC arpentent la rue, l’un donne un coup de matraque contre le mur et émet un mugissement, tandis qu’un autre dit : « Ce n’est que partie remise », propos relevés par l’auteur des images.

Pour sa part, Maria refait le fil de cette fin de journée et concède « avoir bêtement fait péter des pétards sur le sol. C’est idiot, je sais. On les avait achetés avec mon copain pour les utiliser un soir de match de foot. Mais si c’est ça le problème, je ne comprends pas, parce que sur le moment on ne nous a rien dit. La charge de police a dû arriver au moins 15 minutes après ».

« Taper la tête d’une jeune fille aussi violemment alors qu’elle est à terre, déjà blessée à la jambe par un tir de flashball, est-ce justifiable ? », interroge l’avocat Brice Grazzini. Pour empêcher que ces violences commises par des policiers restent impunies, il a décidé de frapper fort, en déposant plainte pour « tentative d’homicide par personne dépositaire de l’autorité publique ».

« Les policiers se sont rendus coupables également de “non-assistance à personne en danger” et, vu qu’aucun n’est intervenu pour faire cesser ces violences, de “non-obstacle à la commission d’une infraction” », précise-t-il.

Depuis le 19 décembre, « l’IGPN est saisie suite au signalement par ma cliente des violences dont elle a été victime. Nous sommes en avril et elle n’a toujours pas été auditionnée. Il ne faut pas compter sur l’IGPN qui est juge et partie pour poursuivre leurs propres agents », constate Brice Grazzini, qui a par ailleurs alerté le Défenseur des droits.

Contacté par Mediapart, l’IGPN a déclaré ne pas « communiquer sur les signalements et les suites données », nous renvoyant au chiffre officiel donné par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner de 220 enquêtes ouvertes pour violences policières et confiées à l’IGPN depuis l’acte I des gilets jaunes. De source judiciaire, relatée par Le Figaro vendredi 26 avril, vingt-cinq procédures auraient déjà été closes. Ces enquêtes aboutiront-elles ? Le doute sur leur poursuite est permis.

L’État refuse obstinément de reconnaître les faits. Et cela malgré le nombre de victimes et les preuves apportées. Les procureurs, quant à eux, semblent suivre ce mouvement, au risque d’offrir ainsi une garantie d’impunité aux forces de l’ordre.
L’ONU a récemment dénoncé cette hypocrisie. Michelle Bachelet, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a demandé « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force », lors d’un discours prononcé le 6 mars devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.
Le gouvernement français estime qu’à « aucun moment le LBD n’est utilisé à l’encontre de manifestants, même véhéments, si ces derniers ne commettent pas de violences physiques, notamment dirigées contre les forces de l’ordre ou de graves dégradations. Mais alors il ne s’agit plus de manifestants, mais de participants à un attroupement violent et illégal ».

Il rajoute que les moyens de force intermédiaire, les matraques, les grenades lacrymogènes notamment, permettent de maintenir une « distance qui est garante d’un maximum de sécurité […] en évitant le contact direct et les blessures subséquentes ».

Le mensonge du gouvernement français est à la hauteur des violences policières qu’il tente de dissimuler. Édifiant.

« Je ne sais pas si cette plainte va aboutir », s’interroge Maria. « Ma mère m’a aidée à faire le dossier et à recueillir les témoignages lorsque j’étais hospitalisée », explique-t-elle en précisant ne pas avoir voulu l’alerter le soir même des faits. « Elle souffre de diabète et j’ai eu peur de sa réaction. Mais, aux urgences, avant mon opération, l’infirmière m’a obligée à l’appeler en me disant : “Si vous décédez au cours de l’intervention, il faut que votre famille soit prévenue.” »

Aujourd’hui, la jeune femme souffre de troubles de la mémoire. « J’ai recouvré la vue de l’œil droit, c’est déjà ça. Il y avait du sang à l’intérieur qui s’est depuis résorbé. J’ai l’impression que mon cerveau prend le temps de se reconstruire mais ça puise toute la force de mon corps. Un coup de matraque peut avoir des effets irréversibles, c’est cela qui me noue d’inquiétude », explique-t-elle.

« Je suis consterné par ce que je constate au fil des procédures que je traite pour des cas de “violences policières”. Les blessures de mes clients sont extrêmement graves et il est évident que cela est l’illustration de la tendance actuelle de gestion des manifestations par le gouvernement. Lorsque je défends des personnes poursuivies pour violences, les procédures sont rapides et les personnes sont condamnées si elles sont coupables », commente l’avocat Brice Grazzini.

« Ici, tout est compliqué, poursuit-il, les plaintes sont difficiles à déposer, les procédures judiciaires sont lentes, voire inexistantes, et le pire est d’entendre les autorités compétentes anticiper les résultats d’une enquête en alléguant qu’aucune violence illégitime n’a été commise par les forces de police. Lorsque je vois ce qui se passe dans l’affaire de Maria ou encore dans celle de Mme Zineb Redouane dont je défends le fils, c’est inacceptable. Même les mineurs sont visés et violentés lourdement… »

Le même soir, à Marseille et dans le même périmètre, alors qu’il ne participait pas aux manifestations, un jeune de 14 ans a été victime d’un tir de lanceur de balles de défense à la tête, lui causant un traumatisme crânien avec perte de connaissance, ainsi qu’une fracture et une plaie occipitales.

« On a l’impression que le quartier a été le terrain de jeu d’une horde de sauvages. Mais ces personnes étaient des policiers », déplore l’avocat Brice Grazzini.

mediapart.fr

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