Sous un ciel chargé, les Gilets Jaunes de l’agglomération clermontoise se sont donnés rendez-vous Boulevard Gustave Flaubert le samedi 11 mai pour une action de bloquage de l’entrée du centre commercial E.Leclerc La Pardieu afin de protester contre la cherté de la vie. 

Sous les applaudissements et les slogans scandés des camarades, une jolie pyramide de caddies a été dressée devant les portes automatiques, réduisant ainsi pendant quelques dizaines de minutes l’accès au magasin.

Les agents de sécurité (aujourd’hui gilets oranges soumis, demain Gilets Jaunes en révolte) ne sont pas intervenus, l’opération a pu être menée jusqu’à son terme et le moment de « désobéissance civile » immortalisé dans un mélange de saine colère et de joie.

Au-delà de l’agitation autour des conditions de vie misérables d’un nombre croissant de français, pour qui l’achat des denrées de base devient un sujet de préoccupation mensuel et parfois hélas une difficulté du quotidien, l’irruption des Gilets Jaunes en zone industrielle, rebaptisée ZAE (zone d’activités économiques) pour les besoins du tertiaire, est significative : elle est à la fois l’extension et le pendant négatif du rond-point des sociabilités jaunes.

Comme fût pris d’assaut l’impersonnel giratoire, ce carrefour de la marchandise humaine alimentant nos villes en flux permanent de chair à travail, il était logique que sa destination impérative, les grands magasins euphoriques de la société de consommation devînt la cible du sabotage de la conscience réfractaire.

Les grandes surfaces privatives de la marchandisation universelle symbolisent aussi le système politique de prévarication et l’exploitation salariale inhérents au mode de production capitaliste qui ravage nos territoires. 

Du trucage des marchés publics aux régimes d’exonération des zones franches urbaines en passant par l’escroquerie du CICE, nous savons combien les grands groupes de la distribution ont leur part de responsabilité dans la dilapidation du fruit de notre labeur.

La composition du capital social de ces sociétés, souvent cotées en bourse, induit des politiques managériales tyranniques et une présurisation du personnel tout au long de la chaîne logistique quand la concurrence du secteur n’impose pas la fermeture de sites avec son cortège de plans dits sociaux.

En tant qu’intermédiaires parasites entre le monde de la production agricole et le consommateur elles représentent aussi l’antithèse de notre aspiration à vivre en adéquation avec les rythmes de la nature dans des cités à taille humaine où les frontières entre paysans et habitants seraient inexistantes.

Il paraît que les hypermarchés sont menacés par le développement du numérique et un retour au commerce de proximité. Les Gilets Jaunes se battent pour dépasser un système tout entier, nous n’accueillons donc pas l’annonce de la « dématérialisation » du procès de production comme une bonne nouvelle, le cas Amazon manifestant au contraire la dégradation des conditions de travail de salariés précarisés à outrance et aliénés comme jamais à la rationalisation technologique des tâches.

Mais si ces temples de l’ersatz venaient à disparaître, nous danserions volontiers sur leurs ruines.