Pour une fois, Macron dit vrai : le mouvement n’a plus de débouché politique.

Il a juste un train de retard, les Gilets Jaunes ayant renvoyé dos à dos et pour l’ensemble de leur œuvre les partis politiques et les appareils syndicaux dès le 17 novembre.

C’est d’ailleurs pour cela, ne craignant pas le paradoxe, qu’il appelle les hommes et les femmes engagés dans la lutte sociale à déposer les armes en se rendant aux urnes le 26 mai prochain… et tant qu’à faire, à « se présenter aux élections. »

Car la vraie terreur de la classe dominante est bien l’abolition des intermédiaires entre les sans-dents et elle, dont le système dit démocratique et son cirque électoral sont le fer de lance.

Rupture que nous avons opéré et sans demander la permission de ce gouvernement, ce qui nous vaut le déchaînement de violence de l’État.

« La démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi » nous dit-il. Là aussi il a raison bien malgré lui : ce qui se joue sur les ronds-points toute la semaine est l’auto organisation d’une classe sociale et l’élaboration d’un projet commun qui entendent dépasser le monde du fric et de la politique dont lui et son gouvernement mais aussi l’ensemble de la technostructure européenne sont la synthèse.

Qu’il nous (re)fasse le coup de la « positive attitude » est de bonne guerre mais chacun sait que la négation d’un réel présenté comme immuable est le premier rouage du mouvement de l’Histoire.

Lorsque l’on regarde dans le rétroviseur social, ce que nous avons réalisé en six mois de combat est immense : non pas quantitativement, les bidouillages budgétaires n’ont pas vocation à résoudre nos problèmes, seulement gérer le conflit que nous avons ouvert, mais qualitativement car nous avons recrée les liens non marchands que cette société s’emploie à détruire depuis si longtemps.

Ces liens sont le ferment de notre mouvement, qui, de la contestation de points de détail est devenu le lieu d’expression de nos possibilités humaines et de notre soif de vivre. Dans cette confrontation, nos expériences, bonnes ou mauvaises sont la matière première de la conscience révolutionnaire qui reconnaît en chacun ses propres conditions d’exploitation et le désir ardent d’en sonner le glas. Elles sont les outils, sans cesse perfectionnés, de notre émancipation.

Dans le système capitaliste c’est l’économie qui donne le las, que la souverainté soit entre les mains de tel ou tel parti, telle ou telle institution ou échelon politique.

Pour ne considérer que les exemples les plus récents, le Parti pirate en Islande, Syriza en Grèce, Podemos en Espagne ou encore le Mouvement cinq étoiles en Italie : aucune de ces structures n’a été capable d’impulser une dynamique de transformation depuis leurs parlements et il n’y a là aucune surprise ni déception car l’Histoire a depuis deux siècles fait le procès de la social-démocratie tout autant que du nationalisme ; les travailleurs ont seulement à puiser dans la mémoire des luttes paysannes et ouvrières pour renouer avec l’évidence selon laquelle la « question sociale » n’est jamais posée que par eux-mêmes et dans des termes qui dépendent de leurs conditions matérielles d’existence immédiates.

Si nous voulons réellement rompre avec l’organisation sociale actuelle et son mode de production destructeur, il va falloir porter le combat sur le terrain de l’adversaire et non là où par définition il nous domine – puisqu’il détermine entièrement le jeu politique – à savoir nos lieux d’exploitation.

Perdons nos dernières illusions, resserrons les rangs et réfléchissons dès aujourd’hui aux moyens de fédérer autour du plus vaste mouvement de grève que ce pays ait jamais connu.

Ainsi, nous ferons plus que bouger les lignes car nous resterons acteurs de notre mouvement et déciderons jusqu’où nous désirons le porter.