Les Gilets Jaunes 63

Citoyens, réveillez-vous !

Mois : juin 2019

Rats des villes, rats des champs

« L’histoire de Jérôme Laronze montre que la disparition des paysans est un choix politique »

Le 29 juin 2019, entretien avec Guillaume Cayet 

En 2017, le paysan Jérôme Laronze était tué par un gendarme. Son histoire, qui allie crise paysanne et violences policières, a inspiré une très belle pièce de théâtre. Guillaume Cayet, l’auteur, mêle intime et politique et rend hommage à cet homme « qui a dit non à un système qui voulait l’engloutir ».

Ce samedi à 20h, dans la ferme du paysan Jérôme Laronze à Trivy en Saône-et-Loire, tué par un gendarme en mai 2017, aura lieu la première d’une pièce de théâtre tirée de son histoire, Neuf Mouvements pour une cavale. Trois balles, tirées par les forces de l’ordre, avaient atteint l’éleveur de vaches — une de côté et deux de dos — alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Cela faisait neuf jours qu’il fuyait les représentants d’une administration au service, selon lui, de l’industrialisation de l’agriculture. L’histoire a inspiré le jeune auteur dramatique Guillaume Cayet, qui en a tiré une pièce. L’une des quatre sœurs de Jérôme, jouée par une comédienne, nous y raconte dans un monologue magistral comment ce n’est pas seulement un gendarme, mais un système agricole et politique qui a tué l’éleveur. Reporterre a pu assister à l’une des premières lectures publiques de la pièce, qui va au-delà du fait divers et relate avec tact et puissance les impasses imposées au monde paysan. Nous avons interrogé Guillaume Cayet au début de la tournée.

Guillaume Cayet 

Reporterre — Votre compagnie est installée dans la ferme d’un céréalier bio, à Ennezat (Puy-de-Dôme), à côté de Clermont-Ferrand. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au monde paysan ? 

Guillaume Cayet — Je viens d’un territoire rural à la limite de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. Quand j’ai commencé à écrire, toutes mes pièces parlaient de ce territoire. Je me suis rendu compte qu’il y avait un hiatus entre le territoire duquel je viens et les territoires urbains que j’ai arpentés en tant qu’étudiant. On ne connaît pas les territoires ruraux, les gens qui les peuplent. L’imaginaire que l’on en a est rempli de stigmatisations. L’une d’elles est de dire que le vote frontiste est un vote de beaufs, de la ruralité, de gens qui ne pensent pas. Une autre est la stigmatisation du paysan comme pollueur. Tout cela m’a beaucoup meurtri. Et puis, c’est théâtralement plus intéressant de travailler sur la campagne car la ville est polluée de flux, alors que la campagne ne l’est pas.

Comment avez-vous eu connaissance de l’histoire de Jérôme Laronze ?

On a eu l’idée avec Jean-Paul Onzon — le paysan qui héberge notre compagnie — d’ouvrir un nouveau cycle dans ma fiction, beaucoup plus intime, autour de paroles de paysans. Pendant deux semaines, on a rencontré des paysans et, à la fin, on est allé chez un porte-parole local de la Confédération paysanne [le syndicat agricole auquel Jérôme Laronze adhérait] qui connaissait Jérôme Laronze et qui nous a raconté son histoire. C’était en septembre 2017, quelques mois après sa mort. L’histoire rejoignait mes problématiques passées et à venir parce que je commençais tout juste un travail sur la violence policière avec le sociologue Mathieu Rigouste.

Comment avez-vous ensuite travaillé ?

Au début, j’étais très intrigué par la cavale. Je tentais d’imaginer ce que Jérôme Laronze avait pu vivre pendant ces neuf jours. Mais, assez rapidement, j’ai compris que ce n’était pas du tout de cela que je devais parler. Les violences policières, qui se terminent souvent par un non-lieu, m’ont fait penser à la tragédie d’Antigone qui cherche une sépulture pour son frère, et que Créon ne veut pas octroyer. J’avais lu quelques articles sur Marie-Pierre Laronze, l’une des sœurs de Jérôme, et je me suis dit : voilà, c’est cette femme qui va raconter l’histoire de son frère. Puis, les neuf jours de cavale ont donné neuf mouvements, qui sont autant d’entrées dans les dernières années de la vie de Jérôme. J’ai envoyé une première version du texte à Marie-Pierre, puis on s’est rencontrés, et j’ai retravaillé le texte à partir de ses remarques. Dans la pièce, il y a dans la pièce de fausses informations littéraires, mais aucune fausse information sur le dossier.

Cette histoire vous sert plus largement à poser les problèmes du monde paysan. En quoi n’est-elle pas qu’un fait divers ?

Cette histoire montre que la disparition des petits paysans est un choix politique, donc que ce choix politique est évitable. L’histoire de Jérôme raconte quelqu’un qui dit non à un système qui veut l’engloutir, comment, dans ce système de plus en plus néolibéral, on est obligé de répondre à des normes de plus en plus strictes parce qu’elles sont faites pour de gros groupes, pour l’agrobusiness. C’est la première chose.
La deuxième est qu’elle permet de faire le lien entre les consommateurs et consommatrices et les producteurs et productrices, et de montrer que l’on est beaucoup plus responsables que ce qu’on imagine de ce que l’on met dans nos assiettes. Cette histoire dit en miroir aux consommateurs et aux consommatrices : « Si vous voulez payer votre assiette moins cher, regardez les conséquences. »

Seule en scène, une comédienne joue la sœur du paysan décédé 

Un côté très intime et quotidien de la vie paysanne est aussi mis en scène. Pourquoi ?

Une phrase ponctue le texte : « Entre le paysan et son oreiller, il y a… » et finit par « entre le paysan et son oreiller, il y a un meurtre commis par le sommeil sur les rêves ». C’est cela qui m’intéressait, comment l’intime, le privé, est politique. Et puis la pièce ne veut pas faire une hagiographie de Jérôme Laronze, dire qu’il était un saint. Elle raconte la vie d’un paysan avec, aussi, ses travers. L’intime permet de complexifier.

Quel sens cela a-t-il de commencer la tournée en jouant à la ferme de Jérôme ?

On a voulu offrir cette première à la famille et aux proches. C’est important pour moi de dire : « Ce texte, je l’ai écrit en imaginant votre frère, votre proche. » Et puis, on a envie de s’impliquer, que notre démarche soit parallèle à celle du comité de soutien et de la famille. À chaque fois que l’on joue le spectacle, on organise ensuite un débat en invitant soit Marie-Pierre, soit des spécialistes, soit des gens du coin pour essayer de produire non seulement un savoir littéraire, mais aussi des savoirs théoriques, pratiques, et des débats.

Quelles ont été les réactions du public aux premières lectures avant la tournée ?

L’histoire est tellement sidérante que les gens sont bouleversés. Ils sont étonnés de ne pas en avoir entendu parler. Mine de rien, comme pour Rémi Fraisse, le fait que cela se soit produit sur un corps blanc et pas un corps racisé change beaucoup de choses. D’un coup, la violence policière est partout, plus personne n’est à l’abri.
Par ailleurs, la pièce va très loin dans l’intime : c’est juste une comédienne qui parle pendant une heure, donc il se produit un phénomène d’identification, soit avec la sœur, soit avec le frère.
Enfin, il y a un retour comique concernant l’avocat du gendarme. Il a réagi dans les médias et je l’ai introduit dans la pièce. Comme le titre est Neuf Mouvements, il a dû penser que c’était une comédie musicale, ou un ballet. Donc il a dit que l’on n’avait pas à faire un barnum de cette affaire, que, bien sûr, il y avait une victime, mais qu’il y en avait d’autres, le gendarme et sa famille, et que pour ces gens, on ne pouvait pas se permettre de raconter l’histoire alors que l’affaire est encore en cours. Ce qui est intéressant et militant dans la pièce est justement de prendre parti sur une affaire en cours. Et la réaction de l’avocat est, finalement, très valorisante car elle signifie que l’adversaire croit plus à la puissance du théâtre que nous.

Que vous a apporté l’histoire de Jérôme Laronze dans votre travail sur les violences policières ?

Mon travail sur les violences policières a beaucoup découlé de pensées théoriques, notamment de celle de la sociologue Elsa Dorlin. Cette dernière dit que quand un corps essaye de se défendre, il est rendu indéfendable. C’est vraiment l’histoire de Jérôme, mais aussi celle d’Adama Traoré, de Lamine Dieng, où à chaque fois on a voulu criminaliser la victime et la rendre indéfendable. C’est horrible de constater que la théorie et la pratique entrent totalement en adéquation.
Cela montre que l’État, et sa violence légitime, produisent des rapports similaires sur les corps qu’il veut dominer. Tout cela relève d’une même logique d’écrasement des classes laborieuses. Cela rejoint également ma réflexion sur la métropolisation et l’urbanisation à outrance, qui ne créent que des principes sécuritaires, qui eux-mêmes créent une police de plus en plus répressive, donc de plus en plus violente.

Comme le sujet en est très politique, la pièce est-elle difficile à diffuser ?

C’est horrible de dire cela, mais c’est un monologue, donc la pièce ne coûte pas cher, et on a beaucoup de dates.
Cependant, je trouve que le théâtre a aujourd’hui un problème : souvent, il se veut politique, montre des conflits sur le plateau, mais, à la fin, les réconcilie. Tout cela va dans le sens d’un effacement des classes sociales. En sortant du spectacle, les gens se sentent contents et vont boire un verre. Cela va avec le problème qui est que le théâtre, aujourd’hui, s’adresse à une élite blanche plutôt vieillissante. Très peu d’ouvriers et de racisés vont au théâtre, et les agriculteurs, n’en parlons pas ! Le théâtre que l’on revendique n’est pas du tout cela ! On ne veut pas mettre les gens d’accord.

Reporterre

Se parler sans intermédiaires

L’assemblée citoyenne du samedi 8 juin consacrait son après-midi à une rencontre avec les représentants des principaux syndicats et collectifs du département, à l’initiative d’un groupe de Gilets Jaunes.

Il ne sera pas ici question de discuter a posteriori le bien fondé, l’opportunité ni même la légitimité d’une telle démarche. Elle a eu lieu et doit servir de matériau critique à notre mouvement dans les semaines et les mois à venir.

Le nombre relativement important de participants au regard des locaux alternatifs mis à notre disposition (la salle Poly de Montferrand) et les contraintes horaires n’ont pas permis à toutes les personnes présentes de prendre la parole mais le débat peut et doit se poursuivre au-delà de nos assemblées.

Le format suscite d’abord quelques remarques : la salle, coupée en deux, est organisée de façon à ce que les représentants syndicaux soient placés dans une position extérieure et hiérarchique leur conférant globalement la maîtrise des échanges. Une autre organisation spatiale eût été, étant donnée notre mode de fonctionnement horizontal, plus cohérente ; soit que les représentants et militants se fondirent dans l’assemblée, soit qu’ils furent mis symboliquement dans le box des accusés, car nous ne devons pas oublier que les structures syndicales doivent rendre des comptes – puisqu’elles se réclament de l’intérêt des travailleurs – et qu’il n’existe en la matière aucune réciprocité. Nous ne devons de solidarité qu’à nos camarades exploités, aucunement aux appareils et encore moins d’obéissance à une quelconque chefferie. Une occupation différente des lieux aurait favorisé la mise en exergue des contradictions abstraites dans le débat entre le mouvement social et les institutionnels plutôt qu’un volontarisme unanime autour de la « convergence ».

Car au-delà de la forme, cette conflictualité s’est malgré tout manifestée en au moins trois occasions. La première, saisie par un camarade du rond-point du Brézet, a expressément visé les syndicalistes présents et les syndicats dans leur ensemble. Non pas telle ou telle action/inaction des syndicats dans des luttes sociales particulières, pas plus que l’orientation des uns ou des autres mais le syndicalisme comme forme même du mouvement social. Il était bien question de disqualification et de dépassement du syndicalisme par et dans le mouvement social, ce qui a jeté un froid dans la salle l’espace de quelques minutes mais qui n’a pas provoqué le débat nécessaire autour de la fonction des instances de représentation des salariés dans la dynamique des rapports sociaux de production.

La seconde, passée presque inaperçue, s’est matérialisée en milieu de séance lors de l’intervention d’un camarade souhaitant rebondir sur un précédent propos et qui s’est vu sèchement remis à sa place par Frédéric Bochard, secrétaire général de FO Puy-de-Dôme. S’en suit un cours de catéchisme démocratique au nom de la vertueuse tradition syndicale et un rappel aux bonnes mœurs en AG. Choc des cultures.

Gageons que ce monsieur ne doit pas avoir fréquenté beaucoup d’ouvriers au cours de sa longue carrière de professionnel du syndicalisme et encore moins nos rond-points pour adopter cette posture paternaliste au sein de notre groupe. Nous ne demandons pas la permission de parler, nous nous disputons volontiers, nous nous opposons lorsque c’est nécessaire et c’est dans la spontanéité que nous avons créé des liens solides ces derniers mois au grès des rencontres, actions, rassemblements et assemblées. Sans cotisations, subventions étatiques, ni censeurs. À bon entendeur.

Enfin, il y eût cette prise de parole importante d’un camarade cheminot de SUD-Rail qui a resitué son activité de militant syndical dans la longue histoire des luttes d’un secteur hautement malmené dans le cadre des politiques de privatisation conduites depuis plusieurs décennies par les gouvernements successifs sous impulsion patronale. Chronophage et énergivore, son implication dans le mouvement des Gilets Jaunes s’en est trouvée forcément réduite, bien qu’un soutien de principe ait été exprimé dès les premières mobilisations et que nous savons, par nos rencontres sur le terrain, qu’un grand nombre de collègues du rail, se joignent à nos rassemblements, avec ou sans chasuble. Il a été rappelé à l’assemblée que SUD-Rail au sein du mouvement des cheminots de l’année dernière comme des années précédentes luttait pour « l’intérêt général » en défendant la gratuité du train pour tous et non pour des intérêts corporatistes ou sectoriels, idée reçue largement diffuse dans les médias et le discours politique.
À cet autre moment, le débat aurait dû s’engager : quel bilan pour combien d’années de combat syndical ? Si l’accompagnement juridique et prudhommal des salariés par SUD n’est contesté par personne, il n’est évidemment pas de nature, pas plus que les actions ponctuelles de débrayage, à instaurer un réel rapport de force en faveur des travailleurs dans l’entreprise et encore moins dans le reste de la société. Comment expliquer que ceux qui sont en capacité de prendre le contrôle du réseau de transport donc d’enrayer le flux des marchandises en quelques heures ne soient jamais parvenus à organiser une telle offensive ? Cette volonté existe-t-elle chez les syndiqués ? Est-elle annihilée par la direction ? Dans la trajectoire et l’expérience de ce cheminot résidaient les réponses à ces questions cruciales que notre assemblée n’a pas réussit à faire émerger, même si une camarade reviendra à la charge en fin de séance, sans plus de succès auprès des autres représentants syndicaux.

Au cours des débats, Frédéric Bochard qualifia à plusieurs reprises notre mouvement d’expression de la lutte des classes mais n’a pas expliqué en quoi son syndicat, Force Ouvrière, fût par le passé un acteur de celle-ci, ni quels sont aujourd’hui ses objectifs. Un représentant de la CFDT a été plus loquace lorsqu’il rappela les « rôles et attributions » de chacun, c’est-à-dire la séparation et la spécialisation des tâches au sein même du mouvement social, divisions que les Gilets Jaunes tentent précisément d’abolir.

Bien que fait de non-dits et d’impensés, a plané sur l’assemblée le vieux débat, tranché par l’Histoire, sur la vocation réformiste des syndicats.

Dans un article au titre provocateur, Les syndicats contre la révolution, Benjamin Péret écrivait dès 1952 :

« […] même lorsque le syndicalisme adopte des principes de lutte des classes, il ne se propose à aucun moment, dans le combat quotidien, le renversement de la société ; il se borne au contraire à rassembler les ouvriers en vue de la défense de leurs intérêts économiques, dans le sein de la société capitaliste. Cette défense prend parfois un caractère de combat acharné, mais ne se propose jamais, ni implicitement, ni explicitement, la transformation de la condition ouvrière, la révolution. […] aucune action ne sera jamais entreprise dans ce but.»

 

Si la subversion de l’ordre inique capitaliste, basé sur l’exploitation et l’aliénation des travailleurs, est exclue du programme des syndicats, comment peuvent-ils dans le même temps se présenter comme les outils de leur émancipation ?

Péret poursuit :

« Le syndicat, né d’une tendance réformiste au sein de la classe ouvrière, est l’expression la plus pure de cette tendance. Il est impossible de parler de dégénérescence (ou de trahison NDLR) réformiste du syndicat, il est réformiste de naissance. À aucun moment, il ne s’oppose à la société capitaliste et à son Etat pour détruire l’une et l’autre, mais uniquement dans le but d’y conquérir une place et de s’y installer. Toute son histoire, de 1864 à 1914, est celle de la montée et de la victoire définitive de cette tendance à l’intégration dans l’Etat capitaliste, si bien qu’à l’éclatement de la première guerre mondiale, les dirigeants syndicaux, dans leur grande majorité, se retrouvent tout naturellement du côté des capitalistes auxquels les unissent des intérêts nouveaux issus de la fonction que les syndicats ont fini par assumer dans la société capitaliste. Ils sont alors contre les syndiqués qui, eux, voulaient abattre le système et éviter la guerre et ils le resteront désormais pour toujours. »

On pourrait penser qu’il s’agit là d’une position extrême et minoritaire au sein du mouvement social, dans lequel les syndicats sont, de fait, engagés.

Voici ce que Yves Veyrier, le nouveau secrétaire général de FO clamait lors d’un entretien en novembre dernier, au plus fort de la mobilisation des Gilets Jaunes :

Vous avez été élu avec le soutien des réformistes de FO. C’est leur victoire ?

« Les réformistes ont forcément gagné car à Force ouvrière, nous sommes tous réformistes. La confédération a gagné, l’ensemble des militants a gagné, nous avons montré que nos statuts, notre mode de fonctionnement est efficace et moderne. »

Ce que Yves Veyrier ne semble pas comprendre, c’est que c’est cette modernité réformiste, en tant qu’idéologie de la classe dominante, qu’ont balayé des millions de gaulois réfractaires sous la bannière des Gilets Jaunes, en neutralisant ses deux principaux pôles : les partis politiques et les syndicats.

C’est donc moins aux structures et directions qu’à nos camarades syndiqués que nous devons parler pour faire renaître chez eux comme dans l’ensemble de notre classe sociale l’aspiration au dépassement du monde de la domination économique. Les crises successives et sans cesse plus fréquentes que nous subissons, industrielles, financières, bancaires, politiques, institutionnelles, sanitaires et environnementales sont celles de la dictature de l’économie sur nos vies. En revendiquer les mécanismes de production, à savoir le salariat, l’argent et l’État c’est déplorer les effets de notre misère tout en en chérissant les causes !

Sur les trois heures qu’auront durées l’assemblée, l’expression grève illimitée n’aura jamais été prononcée par les responsables syndicaux qui lui ont préféré l’idée plus confuse et moins engageante de « blocage » comme perspective d’action. Paradoxalement, c’est un camarade salarié du privé qui brisa le tabou pour en souligner les difficultés d’organisation dans un contexte de précarité contractuelle et d’endettement des ménages. Relativisons ces obstacles et souvenons-nous que les travailleurs indiens, argentins, grecs ou soudanais, qui connaissent des situations plus extrêmes que les nôtres, n’ont pas hésité à prendre des risques ces derniers mois en arrêtant le travail. En outre, l’échec ou le succès d’un mouvement de grève provient des conditions qui la sous-tendent (selon que les travailleurs revendiquent une amélioration de leur sort, comme c’est le cas dans la grève sectorielle et générale ou entreprennent de révolutionner l’organisation sociale toute entière en cessant la production et occupant les lieux de travail) donc de son ampleur dans l’espace et dans le temps mais aussi et surtout de son autogestion par les salariés eux-mêmes.

Certes, les actions ciblées visant à affecter la chaîne logistique partout sur le territoire ont été de notre initiative, mais on ne peut pas dire que les syndicats aient embrayé en préparant un mouvement de grève à la hauteur de la situation sociale et dont ni les acteurs ni l’État ne peuvent jamais présumer de la tournure.

Nous posons donc la question aux camarades dans les entreprises, syndiqués ou non : l’heure est-elle à la réforme politique et aux ajustements salariaux ou au conflit ouvert avec l’ordre marchand en vue de reconquérir nos vies ?

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