Les Gilets Jaunes 63

Citoyens, réveillez-vous !

Catégorie : Europe

Le laminoir des partis

À quelques semaines des élections européennes, séduction et clientélisme vont bon train. Dans ce contexte, il peut être utile de lire ou relire cette lettre écrite par un camarade italien salarié en France qui revient sur les tentatives d’instrumentalisation politique de notre mouvement.

« Chers gilets jaunes, chers camarades de lutte,

Je suis un travailleur italien qui habite en France depuis quelques années et qui a pris part au mouvement des gilets jaunes depuis le début. Je vis en France car, comme de nombreux autres travailleurs du Sud de l’Europe, italiens, espagnols, grecs, portugais, je suis émigré à cause des politiques d’austérité. Dans mon pays, les politiques néolibérales et les restrictions budgétaires sont arrivées bien plus tôt qu’en France, juste après la crise de 2008. Ces politiques, comme vous le savez, n’ont produit que plus de chômage, plus de précarité et plus de privatisations des services publics : des hôpitaux, des écoles, des universités. L’effondrement du Pont Morandi à Gênes l’été dernier, en est le bien triste symbole. Les politiques d’austérité brisent la cohésion sociale, enferment dans la solitude et l’isolement et alimentent la guerre parmi les pauvres. Comme vous le savez bien, c’est une véritable guerre sociale qui a été menée par les élites ces dernières années à l’échelle européenne. Cette guerre, qui a commencé dans les pays du sud de l’Europe, est maintenant arrivée en France par l’intermédiaire de Macron.

J’ai participé à tous les Actes du mouvement, y compris pendant la période de Noël : j’ai toujours été là ! J’ai découvert un mouvement extraordinaire ouvert à tout le monde, peu importe la nationalité ou la couleur de la peau. Ça a été pour moi un Noël exceptionnel, celui de 2018 : je l’ai passé avec vous sur les blocages et dans les rues de Paris, les samedis et la nuit du réveillon sur les Champs Élysées. Samedi dernier, j’étais encore dans la rue avec vous pour l’Acte VIII, et j’y serai les prochaines semaines, jusqu’à notre victoire.

J’ai découvert, pendant ces huit semaines de lutte et de révolte populaire, le sens des mots solidarité, fraternité, liberté, égalité, démocratie. La lutte des gilets jaunes va bien au-delà de la France. Si nous réussissons à vaincre en France, le pays où la révolution est née, les gilets jaunes pourrons vaincre aussi ailleurs, en suivant notre exemple.

Les médias français ne parlent pas beaucoup du fait que les gilets jaunes sont déjà en train d’apparaître dans d’autres régions et pays, avec une auto-organisation par le bas : dans les Pays Basques, la Catalogne, en Belgique, aux Pays Bas, en Allemagne, en Grèce, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Par contre, ils parlent du soutien envers les gilets jaunes que les gouvernants et politiciens d’autres pays expriment.

J’ai lu hier dans les journaux français que le vice-président du gouvernement italien, et leader du Mouvement Cinq Etoiles, Luigi di Maio, avait exprimé son soutien au mouvement des gilets jaunes. Les médias français ont mis en avant cette nouvelle. Pourquoi ? Pourquoi un acte de propagande de la part d’un politicard italien a-t-il été repris et souligné avec insistance par les médias français ? Pourquoi les médias français ne parlent-t-ils pas de tous les citoyens européens qui soutiennent les gilets jaunes et qui veulent suivre leur exemple ? Ça les intéresse de parler de Di Maio, de Salvini, d’Assad, de Poutine pour brouiller l’image du mouvement, pour montrer à l’opinion publique que les gilets jaunes ne sont pas indépendants, qu’ils sont pilotés et manipulés par les gouvernements d’autres pays ou par quelque complot international fantomatique.

Il s’agit de la dernière falsification des médias : après avoir accusé le mouvement de racisme et d’antisémitisme, après avoir soutenu que sa revendication principale concernait le « mariage pour tous », ils essaient maintenant d’insinuer que le mouvement est guidé par des pays étrangers et des gouvernements populistes. Tout ça nous fait doucement rigoler ! Continuons à lutter et à bloquer le pays ! Le fait qu’on parle toujours plus des gilets jaunes à l’étranger est tout simplement un signe de la force de notre lutte.

En tant que citoyen d’origine italienne je veux ajouter une chose sur Luigi Di Maio, le vice-président de « mon » gouvernement. Pourquoi ce bonhomme qui porte le costard et la cravate – même quand il dort – déclare-t-il qu’il soutient les gilets jaunes et qu’il veut mettre la plateforme numérique Rousseau à disposition du mouvement ? Pourquoi Di Maio n’a-t-il pas prononcé un seul mot sur les gilets jaunes pendant huit semaines, et se met tout d’un coup à en parler ? La réponse est simple : Di Maio ne fait plus consensus et manque désormais de légitimité en Italie, car il a trahi son peuple dans la négociation avec l’Europe et n’a pas maintenu ses promesses électorales. Di Maio fait l’éloge des Gilets Jaunes parce qu’il sait que les citoyens italiens soutiennent le mouvement français. Il essaie de s’approprier le consensus des italiens en faisant l’éloge des gilets jaunes.

Di Maio est un imposteur, un menteur, un manipulateur. Ses électeurs ne vont pas lui pardonner la manière dont il a trahi les principales promesses qu’il avait tenues pendant sa campagne électorale. Di Maio disait vouloir défendre le patrimoine public et les biens communs en Italie, mais dans les négociations avec Bruxelles il a mis sur la table la vente du patrimoine public italien aux privés, pour une valeur de 16 milliards : immeubles, terrains de propriété publique, biens d’importance historique et culturelle. Et vous connaissez très bien toute l’importance du patrimoine historique et culturel italien. Avant les élections, Di Maio disait vouloir mettre un frein aux « grands projets inutiles » comme le viaduc dans les Puouilles qui est en train de ravager le territoire et les plages de cette région magnifique, ou comme le « Terzo Valico » en Ligurie. Mais lui et Salvini ont décidé de poursuivre la dévastation des beautés du territoire italien.

Comme les vieux politicards, ces « nouveaux » politicards du gouvernement italien ont poursuivi une politique de privatisation des biens et des services publics. Di Maio avait promis, contre la pauvreté, le revenu de citoyenneté. Mais il a approuvé une mesure d’assistanat humiliante pour les chômeurs italiens. Di Maio et Salvini disaient vouloir réduire la pression fiscale en Italie, mais il n’y a pas eu le moindre changement en ce sens. Di Maio et Salvini disaient qu’ils refuseraient de respecter les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles, pour pouvoir relancer les politiques d’investissement et soutenir le travail en Italie. À la première menace de Bruxelles, ils ont pourtant immédiatement cédé, pour la simple raison que ce sont des imposteurs.

La plateforme numérique Rousseau que Di Maio voudrait mettre à disposition des gilets jaunes est tout simplement une arnaque. Le simple fait de croire que notre mouvement en a besoin est une insulte aux gilets jaunes. La plateforme Rousseau est contraire à l’esprit de partage et de liberté du net. Malgré son nom, elle ne favorise pas la participation directe, son code et son algorithme n’étant ni libres ni à la disposition de tous. Elle est la propriété privée d’une firme, la Casaleggio Associati, qui a pris en otage les encartés au Mouvement Cinq Etoiles. Macron et Di Maio, bien qu’ils se présentent comme deux figures opposées, partagent le même rêve de faire de la France et de l’Italie une start-up nation ! Le mouvement des gilets jaunes, par contre, a démontré qu’il était capable de s’auto-organiser online, d’utiliser des canaux de communication indépendants pour organiser chaque Acte, pour prendre des décisions collectives, pour rédiger des listes de revendications. Nous avons fait un usage conscient et collectif des outils du net. Non, nous n’avons pas besoin d’une plateforme qui porte le nom de « Rousseau » pour usurper la démocratie directe et piéger les citoyens !
Di Maio a toujours déclaré que s’il n’y avait pas eu le Mouvement Cinq Étoiles en Italie, il y aurait eu une révolution. Di Maio craint la révolution et il a toujours pris le parti de la police quand les citoyens ne respectaient pas ce que leur imposaient le Ministre des affaires Intérieures et les Préfets. Le Mouvement Cinq Etoiles a récupéré et instrumentalisé le sentiment de ras-le-bol des citoyens italiens vis-à-vis du vieux système politique corrompu, en leur donnant l’illusion de pouvoir changer le pays par voie électorale. Mais nous, les gilets jaunes, nous savons très bien qu’on ne peut pas changer grand-chose par la seule voie des élections ! et que celles et ceux qui voudront représenter les gilets jaunes aux prochaines élections européennes seront des manipulateurs !

Di Maio disait vouloir introduire en Italie la démocratie directe, et pourtant, dès qu’il a rejoint le gouvernement il a fait un compromis typiquement « vieille politique » avec Matteo Salvini, un autre politicard professionnel qui fait de la politique depuis plus de vingt ans, aux frais des contribuables italiens. Salvini appartient à un parti caméléon qui, il y a quelques années seulement, prêchait pour la séparation du Nord (riche) de l’Italie à l’égard du Sud (pauvre), et qui aujourd’hui, soudainement, se fait l’apôtre de l’unité du pays, en s’attaquant aux plus pauvres, en renforçant le racisme d’État et en fermant les ports.

La parabole italienne est utile pour nous, gilets jaunes, pour une raison notamment. Elle nous montre bien qu’en Europe nous avons deux ennemis à combattre : d’un côté, les élites néolibérales de Bruxelles et leurs représentants en France et ailleurs ; de l’autre, les faux tribuns de la plèbe, qui défendent la démocratie directe pour piéger les citoyens européens et pour les illusionner.

Refusons la récupération politique, d’où qu’elle vienne ! »

Ndlr : en février 1950 paraissait une Note de Simone Weil dans la revue La Table ronde intitulée Sur la suppression générale des partis politiques. 

Le pamphlet, d’une implacable actualité, dressait déjà le constat d’une vie sociale gangrénée par le jeu politicien : 

« Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l’étendue d’un pays, pas un esprit ne donne son attention à l’effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice, la vérité. 

Il en résulte que – sauf un très petit nombre de coïncidences fortuites – il n’est décidé et exécuté que des mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité.

Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux. » 

Sans invitation

Plusieurs dizaines de Gilets Jaunes se sont rendus au meeting de la liste LAREM aux européennes dite « Renaissance » organisé ce samedi à Cournon par la section locale pour faire savoir tout le bien qu’ils pensent de la politique actuelle du gouvernement.

Une action non violente de sabotage de campagne qui rappelle aux partis engagés dans la course au parlement européen, que le mouvement social entend bien continuer à peser dans le débat et ne se laissera pas imposer son agenda politique comme ce fût le cas en 2005.

Duel au gourdin, la Rixe, Francisco de Goya, 1819-1823

Bravo aux camarades présents ! Multiplions les initiatives et concentrons nos forces !

Qui dirige l’Union Européenne ?

C’est le sous-titre du documentaire des autrichiens Friedrich Moser et Matthieu Lietaert, l’un est journaliste, l’autre docteur en Sciences Politiques.

Cette question pourrait sembler aller de soi s’il on s’en tient à des considérations institutionnelles, ce qui est le cas de la plupart des observateurs, citoyens de l’Union ou non, universitaires inclus.

Mais dès lors que l’on pénètre les arcanes du pouvoir, les enjeux économiques deviennent déterminants. Il en va de l’Europe comme des autres zones, dont le niveau d’intégration est fonction des traités de libre-échange, qui sont eux-mêmes signés seulement là où le développement des forces productives le permet et pour les besoins expansionnistes du capital.

Ce que racontent les deux réalisateurs, un brin ingénus, c’est comment les groupes de pression industriels, notamment la Table ronde européenne (ERT), ont fortement influencé le développement de l’U.E à partir des années 1980.

Il ne s’agit donc pas ici, et on peut le regretter, de retracer l’histoire de l’institution dès son origine (car l’on verrait alors que ces fameux « lobbies » ne sont que l’expression discrète et contemporaine d’un processus structurel de subordination du politique aux forces de  l’argent) mais plutôt d’une immersion dans ce qu’est l’Union Européenne d’aujourd’hui.

Et l’on est loin des spots de campagne et plateaux télé où la vision d’une Europe toujours plus fédérale et/ou sociale aux lendemains chantants se disputent le primat. La réalité superstructurelle de l’UE est celle d’un vaste marché, peu régulé et soumis aux intérêts privés des sociétés multinationales, fonds souverains et banquiers internationaux… au détriment de ce que politiciens et technocrates persistent à nommer « intérêt général ».

De l’Europe des lubies à l’Europe des lobbies, la domination économique, des états, entreprises nationales mais surtout des travailleurs des pays membres, est au cœur du processus de construction européenne et l’angle mort du discours apologétique des élites bruxelloises.

Les lobbies ne sont pas le cheval de Troie d’une Europe assiégée et prise au dépourvu : ces intérêts privés organisés en groupes d’influence sont ceux du capital apatride qui recrée à son image, c’est-à-dire à sa mesure, l’espace de son auto déploiement.

À cet égard, l’intégration européenne est bien ce « sens de l’Histoire » dont l’on nous rebat les oreilles ad nauseam comme pour nous faire oublier qu’il n’existe pas d’inertie sans force et que si l’Histoire est en mouvement c’est bien là le résultat des contradictions objectives entre les forces sociales qui la produisent.

Les Gilets Jaunes ne sont ni pro ni anti Europe. Ils sont raisonnables : comment nous, travailleurs et citoyens, qui avons toutes les peines du monde à prendre le contrôle du processus politique à échelle locale pourrions-nous avoir la moindre prise sur une structure aussi grande, complexe et opaque que l’U.E dépeinte par les réalisateurs de « Brussels Business » ?

 

Adresse aux paysans français

En réponse aux consultations élyséennes (FNSEA/JA/CP) des dernières semaines et à l’issue d’un salon médiatico-politique plus obscène que jamais, le temps est venu de lancer un appel aux agriculteurs de ce pays au nom des Gilets Jaunes.

Pour s’autoriser un avenir nous devons comprendre la dynamique du passé qui a produit la double catastrophe de la disparition du paysan et de la destruction de la nature.

Bien que non exhaustif, le documentaire d’Audrey Maurion « Adieu paysans » décrit ce processus mortifère dont le moteur est le système marchand en quête perpétuelle de nouveaux espaces de valorisation.

La révolution qui a transformé le monde agricole de l’après-guerre est la même qui a bouleversé nos habitudes de consommation.

Il y avait en puissance dans ce développement toutes les nuisances qui nous sont aujourd’hui tragiquement familières, celles-là même qui nous poussent dans la rue : misère, solitude, désertification, pollution, maladie, suicide.

La fausse problématique du prix et de la subvention interdit de questionner la légitimité du système économique qui contraint les travailleurs de la terre à maltraiter le vivant pour produire toujours plus tout en s’endettant.

Nous Gilets Jaunes, ruraux et urbains, voulons dépasser cette logique et repenser entièrement le mode de production agricole et ce, à partir de la réalité de nos territoires afin que producteurs et consommateurs refassent communauté de vie, sans aucun intermédiaire et en symbiose avec leur terre nourricière. Notre projet entend réintroduire le paysan au centre de l’activité et de l’organisation sociale. 

À bas l’empoisonnement industriel de nos existences ! À bas la tyrannie et l’aliénation marchande !
Réapproprions-nous les terres, les outils, les machines !

Paysans, paysannes ! Rejoignez la fronde des Gilets Jaunes ! Vive l’humus de la Commune des jaunards ! Contre tous les chantages gouvernementaux ! Contre toutes les impostures syndicales !

 

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