Les Gilets Jaunes 63

Citoyens, réveillez-vous !

Catégorie : Police

Rats des villes, rats des champs

« L’histoire de Jérôme Laronze montre que la disparition des paysans est un choix politique »

Le 29 juin 2019, entretien avec Guillaume Cayet 

En 2017, le paysan Jérôme Laronze était tué par un gendarme. Son histoire, qui allie crise paysanne et violences policières, a inspiré une très belle pièce de théâtre. Guillaume Cayet, l’auteur, mêle intime et politique et rend hommage à cet homme « qui a dit non à un système qui voulait l’engloutir ».

Ce samedi à 20h, dans la ferme du paysan Jérôme Laronze à Trivy en Saône-et-Loire, tué par un gendarme en mai 2017, aura lieu la première d’une pièce de théâtre tirée de son histoire, Neuf Mouvements pour une cavale. Trois balles, tirées par les forces de l’ordre, avaient atteint l’éleveur de vaches — une de côté et deux de dos — alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Cela faisait neuf jours qu’il fuyait les représentants d’une administration au service, selon lui, de l’industrialisation de l’agriculture. L’histoire a inspiré le jeune auteur dramatique Guillaume Cayet, qui en a tiré une pièce. L’une des quatre sœurs de Jérôme, jouée par une comédienne, nous y raconte dans un monologue magistral comment ce n’est pas seulement un gendarme, mais un système agricole et politique qui a tué l’éleveur. Reporterre a pu assister à l’une des premières lectures publiques de la pièce, qui va au-delà du fait divers et relate avec tact et puissance les impasses imposées au monde paysan. Nous avons interrogé Guillaume Cayet au début de la tournée.

Guillaume Cayet 

Reporterre — Votre compagnie est installée dans la ferme d’un céréalier bio, à Ennezat (Puy-de-Dôme), à côté de Clermont-Ferrand. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au monde paysan ? 

Guillaume Cayet — Je viens d’un territoire rural à la limite de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. Quand j’ai commencé à écrire, toutes mes pièces parlaient de ce territoire. Je me suis rendu compte qu’il y avait un hiatus entre le territoire duquel je viens et les territoires urbains que j’ai arpentés en tant qu’étudiant. On ne connaît pas les territoires ruraux, les gens qui les peuplent. L’imaginaire que l’on en a est rempli de stigmatisations. L’une d’elles est de dire que le vote frontiste est un vote de beaufs, de la ruralité, de gens qui ne pensent pas. Une autre est la stigmatisation du paysan comme pollueur. Tout cela m’a beaucoup meurtri. Et puis, c’est théâtralement plus intéressant de travailler sur la campagne car la ville est polluée de flux, alors que la campagne ne l’est pas.

Comment avez-vous eu connaissance de l’histoire de Jérôme Laronze ?

On a eu l’idée avec Jean-Paul Onzon — le paysan qui héberge notre compagnie — d’ouvrir un nouveau cycle dans ma fiction, beaucoup plus intime, autour de paroles de paysans. Pendant deux semaines, on a rencontré des paysans et, à la fin, on est allé chez un porte-parole local de la Confédération paysanne [le syndicat agricole auquel Jérôme Laronze adhérait] qui connaissait Jérôme Laronze et qui nous a raconté son histoire. C’était en septembre 2017, quelques mois après sa mort. L’histoire rejoignait mes problématiques passées et à venir parce que je commençais tout juste un travail sur la violence policière avec le sociologue Mathieu Rigouste.

Comment avez-vous ensuite travaillé ?

Au début, j’étais très intrigué par la cavale. Je tentais d’imaginer ce que Jérôme Laronze avait pu vivre pendant ces neuf jours. Mais, assez rapidement, j’ai compris que ce n’était pas du tout de cela que je devais parler. Les violences policières, qui se terminent souvent par un non-lieu, m’ont fait penser à la tragédie d’Antigone qui cherche une sépulture pour son frère, et que Créon ne veut pas octroyer. J’avais lu quelques articles sur Marie-Pierre Laronze, l’une des sœurs de Jérôme, et je me suis dit : voilà, c’est cette femme qui va raconter l’histoire de son frère. Puis, les neuf jours de cavale ont donné neuf mouvements, qui sont autant d’entrées dans les dernières années de la vie de Jérôme. J’ai envoyé une première version du texte à Marie-Pierre, puis on s’est rencontrés, et j’ai retravaillé le texte à partir de ses remarques. Dans la pièce, il y a dans la pièce de fausses informations littéraires, mais aucune fausse information sur le dossier.

Cette histoire vous sert plus largement à poser les problèmes du monde paysan. En quoi n’est-elle pas qu’un fait divers ?

Cette histoire montre que la disparition des petits paysans est un choix politique, donc que ce choix politique est évitable. L’histoire de Jérôme raconte quelqu’un qui dit non à un système qui veut l’engloutir, comment, dans ce système de plus en plus néolibéral, on est obligé de répondre à des normes de plus en plus strictes parce qu’elles sont faites pour de gros groupes, pour l’agrobusiness. C’est la première chose.
La deuxième est qu’elle permet de faire le lien entre les consommateurs et consommatrices et les producteurs et productrices, et de montrer que l’on est beaucoup plus responsables que ce qu’on imagine de ce que l’on met dans nos assiettes. Cette histoire dit en miroir aux consommateurs et aux consommatrices : « Si vous voulez payer votre assiette moins cher, regardez les conséquences. »

Seule en scène, une comédienne joue la sœur du paysan décédé 

Un côté très intime et quotidien de la vie paysanne est aussi mis en scène. Pourquoi ?

Une phrase ponctue le texte : « Entre le paysan et son oreiller, il y a… » et finit par « entre le paysan et son oreiller, il y a un meurtre commis par le sommeil sur les rêves ». C’est cela qui m’intéressait, comment l’intime, le privé, est politique. Et puis la pièce ne veut pas faire une hagiographie de Jérôme Laronze, dire qu’il était un saint. Elle raconte la vie d’un paysan avec, aussi, ses travers. L’intime permet de complexifier.

Quel sens cela a-t-il de commencer la tournée en jouant à la ferme de Jérôme ?

On a voulu offrir cette première à la famille et aux proches. C’est important pour moi de dire : « Ce texte, je l’ai écrit en imaginant votre frère, votre proche. » Et puis, on a envie de s’impliquer, que notre démarche soit parallèle à celle du comité de soutien et de la famille. À chaque fois que l’on joue le spectacle, on organise ensuite un débat en invitant soit Marie-Pierre, soit des spécialistes, soit des gens du coin pour essayer de produire non seulement un savoir littéraire, mais aussi des savoirs théoriques, pratiques, et des débats.

Quelles ont été les réactions du public aux premières lectures avant la tournée ?

L’histoire est tellement sidérante que les gens sont bouleversés. Ils sont étonnés de ne pas en avoir entendu parler. Mine de rien, comme pour Rémi Fraisse, le fait que cela se soit produit sur un corps blanc et pas un corps racisé change beaucoup de choses. D’un coup, la violence policière est partout, plus personne n’est à l’abri.
Par ailleurs, la pièce va très loin dans l’intime : c’est juste une comédienne qui parle pendant une heure, donc il se produit un phénomène d’identification, soit avec la sœur, soit avec le frère.
Enfin, il y a un retour comique concernant l’avocat du gendarme. Il a réagi dans les médias et je l’ai introduit dans la pièce. Comme le titre est Neuf Mouvements, il a dû penser que c’était une comédie musicale, ou un ballet. Donc il a dit que l’on n’avait pas à faire un barnum de cette affaire, que, bien sûr, il y avait une victime, mais qu’il y en avait d’autres, le gendarme et sa famille, et que pour ces gens, on ne pouvait pas se permettre de raconter l’histoire alors que l’affaire est encore en cours. Ce qui est intéressant et militant dans la pièce est justement de prendre parti sur une affaire en cours. Et la réaction de l’avocat est, finalement, très valorisante car elle signifie que l’adversaire croit plus à la puissance du théâtre que nous.

Que vous a apporté l’histoire de Jérôme Laronze dans votre travail sur les violences policières ?

Mon travail sur les violences policières a beaucoup découlé de pensées théoriques, notamment de celle de la sociologue Elsa Dorlin. Cette dernière dit que quand un corps essaye de se défendre, il est rendu indéfendable. C’est vraiment l’histoire de Jérôme, mais aussi celle d’Adama Traoré, de Lamine Dieng, où à chaque fois on a voulu criminaliser la victime et la rendre indéfendable. C’est horrible de constater que la théorie et la pratique entrent totalement en adéquation.
Cela montre que l’État, et sa violence légitime, produisent des rapports similaires sur les corps qu’il veut dominer. Tout cela relève d’une même logique d’écrasement des classes laborieuses. Cela rejoint également ma réflexion sur la métropolisation et l’urbanisation à outrance, qui ne créent que des principes sécuritaires, qui eux-mêmes créent une police de plus en plus répressive, donc de plus en plus violente.

Comme le sujet en est très politique, la pièce est-elle difficile à diffuser ?

C’est horrible de dire cela, mais c’est un monologue, donc la pièce ne coûte pas cher, et on a beaucoup de dates.
Cependant, je trouve que le théâtre a aujourd’hui un problème : souvent, il se veut politique, montre des conflits sur le plateau, mais, à la fin, les réconcilie. Tout cela va dans le sens d’un effacement des classes sociales. En sortant du spectacle, les gens se sentent contents et vont boire un verre. Cela va avec le problème qui est que le théâtre, aujourd’hui, s’adresse à une élite blanche plutôt vieillissante. Très peu d’ouvriers et de racisés vont au théâtre, et les agriculteurs, n’en parlons pas ! Le théâtre que l’on revendique n’est pas du tout cela ! On ne veut pas mettre les gens d’accord.

Reporterre

Distance de sécurité

À Marseille, des policiers fracassent le crâne d’une jeune femme à terre

Par Pascale Pascariello, le 30 avril 2019

Maria, 19 ans, a déposé plainte mardi auprès du parquet de Marseille pour tentative d’homicide, violences volontaires aggravées et non-assistance à personne en danger. Le 8 décembre dernier, en marge d’une manifestation de « gilets jaunes », elle a été rouée de coups de pied et de matraque par des policiers. Son cerveau, notamment, a été endommagé.

Le 8 décembre 2018, à Marseille, Maria*, 19 ans, a été grièvement blessée par les forces de l’ordre. D’abord touchée par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) à la cuisse, la jeune femme, qui s’est écroulée à terre, a été alors violemment matraquée et frappée à coups de pied à la tête.

À l’hôpital, elle a été opérée en urgence pour « un traumatisme cranio-facial droit par coup de matraque et embarrure frontale droite en regard avec contusion cérébrale ». Autrement dit, Maria a le crâne fracturé et son cerveau a été touché. C’est seulement en avril, cinq mois plus tard, qu’elle a été en capacité de reprendre son poste de vendeuse, qu’elle occupe en alternance avec ses études. Toujours sous contrôle médical, elle est également suivie par un psychiatre, au regard de son « état de stress aigu » associé à des « cauchemars fréquents », selon le constat médical.

Son avocat, Brice Grazzini, a déposé plainte mardi 30 avril auprès du parquet de Marseille contre « personnes non-dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier » pour « tentative d’homicide », « violences volontaires aggravées », « non-assistance à personne en danger » et « non-obstacle à la commission d’une infraction ».

Que s’est-il passé le samedi 8 décembre 2018 ?

Ce jour-là, aux alentours de 18 heures, Maria quitte plus tôt la boutique du centre-ville où elle travaille pour rejoindre son ami et regagner ensuite son domicile.

Ils empruntent la rue Saint-Ferréol, artère commerçante, qui plus tôt dans la journée a été le théâtre d’affrontements, dans le cadre de l’acte IV des « gilets jaunes » et de la mobilisation contre les logements insalubres à Marseille. Non loin de là, sur la Canebière et le Vieux-Port, des heurts se poursuivent entre manifestants et forces de l’ordre qui quadrillent le pourtour des rues adjacentes.

« J’étais avec mon ami et les policiers nous ont dit qu’ils faisaient un périmètre de sécurité. On a alors pris la direction de chez moi », explique Maria à Mediapart.

Six personnes présentes ont apporté leurs témoignages dans le cadre de la plainte. Parmi elles, Olivia précise que « les manifestations de l’après-midi venaient de se terminer et des groupes de CRS et de policiers continuaient à occuper les rues principales en bloquant l’accès ou le passage. Il y avait quelques personnes, de différents âges, marchant tout au long de la rue Saint-Ferréol. Personne n’avait d’attitudes menaçantes. Tout le monde était dans le calme ».

Sur les images que Mediapart a pu visionner, la rue semble relativement tranquille. Des policiers sont présents, quelques jeunes aussi et des pompiers éteignent des feux de poubelles.

« Quand tout à coup un groupe d’hommes, habillés en noir et armés de matraques, se précipitent en courant et en criant dans ma direction », indique Olivia dans son attestation en précisant : « Je les identifie immédiatement comme des membres des forces de l’ordre. J’ai le réflexe rapide de me dégager en me rabattant contre le mur d’immeuble à côté pour éviter d’être percutée dans la course. »

Faits confirmés par Camille, présente, elle aussi, lors de la charge soudaine et inexpliquée des policiers. Elle témoigne : « Alors que nous étions quelques personnes à marcher calmement dans la rue Saint-Ferréol, sans heurts autour de nous, une ligne de CRS et d’agents de la BAC ont tiré des projectiles (je ne sais pas de quelle nature) et ont commencé à se rapprocher de nous rapidement. Nous sommes plusieurs à avoir couru vers la première rue perpendiculaire (rue de la Glace) pour nous mettre à l’abri. J’ai entendu un cri de douleur et j’ai vu tomber quelqu’un, une jeune fille. »

La « jeune fille », c’est Maria. « Lorsque les policiers ont chargé, je n’ai rien compris à la situation. Je n’ai jamais manifesté et j’ai eu très peur. J’ai couru vers la première rue perpendiculaire, la rue de la Glace, mais j’ai reçu un tir dans la jambe. J’ai crié parce que j’avais très mal à la jambe. Je suis tombée par terre. »

La suite est glaçante. Plusieurs récits relatent une scène « chargée en violence ».

En voyant Maria blessée par le tir de flashball, « des personnes ont commencé à crier “personne à terre !” », rapporte Laurence. « Au même moment, cette personne au sol s’est fait encercler par des policiers et matraquer avec violence alors qu’elle était à terre. […] À ce moment-là, j’étais sous le choc. La scène était chargée en violence. Je m’aperçois que des matraques frappent violemment la personne en continu durant un bon moment. »

Camille voit « plus de dix agents de police en jean, casqués, matraque à la main et brassard à l’épaule arriver en courant et mettre chacun à leur tour des coups de matraque et de pied à la personne clouée au sol ».

Autre témoin contactée par Mediapart, Denise est encore émue à l’évocation de cette soirée. « Juste devant moi, il y avait cette jeune fille, menue, qui tombe. Et là, une nuée de policiers, pour la plupart en civil, casqués, s’engouffrent dans la petite rue et donnent, en passant, des coups de matraque et des coups de pied à la fille alors qu’elle est à terre. »

Denise est catégorique : « Il y a eu au moins trois coups de matraque, et de trois policiers différents, et un coup de pied au visage. Après, j’ai été éloignée par un policier. »

Elle ne sera pas la seule à être repoussée. « Malgré le fait que les policiers m’interdisaient de la rejoindre, j’ai insisté et réussi à passer, déclare Lucie. Arrivée vers elle, j’ai retrouvé d’autres personnes venues à son secours et j’ai constaté qu’elle avait le crâne enfoncé et ensanglanté. Il y avait des traces de sang au sol, jusque sur les murs. […] La police en civil est partie sans même vérifier son état. »

Un autre témoin fait le même constat : « Au moment où nous nous approchons, tous les policiers autour de la personne au sol se dispersent. Nous constatons son état très inquiétant puisqu’elle a une plaie ouverte à la tête. »

«Je ne sais pas si cette plainte va aboutir»

« L’agression a eu lieu vers 18 h 40. Je parle d’agression parce qu’il n’y a pas d’autre mot », estime Denise qui a appelé les pompiers alors qu’une infirmière prodiguait les premiers soins à Maria. « Nous nous sommes mis autour d’elle à plusieurs parce qu’il y avait encore des policiers plus loin dans la rue et nous avions peur qu’ils refassent la même chose », précise-t-elle.

Maria a encore des difficultés à revenir sur ce moment. « Je me souviens que j’avais très mal à la jambe lorsque je suis tombée par terre. Puis tout est allé très vite. Des policiers ont surgi sur moi et j’ai reçu des coups dans la tête puis j’ai senti de la chaleur. J’étais tellement choquée. Les coups ont continué. Puis je me suis sentie partir lorsque des gens sont venus m’aider. »

Sidérés, tous les témoins de la scène ne parviennent pas à comprendre les raisons de cet acharnement.

Mediapart a pu visionner plusieurs vidéos des faits. Sur l’une d’elles, on perçoit une personne au sol, entourée de policiers, en civil, brassard à l’épaule, et on entend des personnes interpeller ces agents : « Doucement, arrêtez, elle n’a rien fait ! Elle est tombée, vous êtes arrivés et vous l’avez fracassée. »

Dans une autre vidéo, plusieurs policiers de la BAC arpentent la rue, l’un donne un coup de matraque contre le mur et émet un mugissement, tandis qu’un autre dit : « Ce n’est que partie remise », propos relevés par l’auteur des images.

Pour sa part, Maria refait le fil de cette fin de journée et concède « avoir bêtement fait péter des pétards sur le sol. C’est idiot, je sais. On les avait achetés avec mon copain pour les utiliser un soir de match de foot. Mais si c’est ça le problème, je ne comprends pas, parce que sur le moment on ne nous a rien dit. La charge de police a dû arriver au moins 15 minutes après ».

« Taper la tête d’une jeune fille aussi violemment alors qu’elle est à terre, déjà blessée à la jambe par un tir de flashball, est-ce justifiable ? », interroge l’avocat Brice Grazzini. Pour empêcher que ces violences commises par des policiers restent impunies, il a décidé de frapper fort, en déposant plainte pour « tentative d’homicide par personne dépositaire de l’autorité publique ».

« Les policiers se sont rendus coupables également de “non-assistance à personne en danger” et, vu qu’aucun n’est intervenu pour faire cesser ces violences, de “non-obstacle à la commission d’une infraction” », précise-t-il.

Depuis le 19 décembre, « l’IGPN est saisie suite au signalement par ma cliente des violences dont elle a été victime. Nous sommes en avril et elle n’a toujours pas été auditionnée. Il ne faut pas compter sur l’IGPN qui est juge et partie pour poursuivre leurs propres agents », constate Brice Grazzini, qui a par ailleurs alerté le Défenseur des droits.

Contacté par Mediapart, l’IGPN a déclaré ne pas « communiquer sur les signalements et les suites données », nous renvoyant au chiffre officiel donné par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner de 220 enquêtes ouvertes pour violences policières et confiées à l’IGPN depuis l’acte I des gilets jaunes. De source judiciaire, relatée par Le Figaro vendredi 26 avril, vingt-cinq procédures auraient déjà été closes. Ces enquêtes aboutiront-elles ? Le doute sur leur poursuite est permis.

L’État refuse obstinément de reconnaître les faits. Et cela malgré le nombre de victimes et les preuves apportées. Les procureurs, quant à eux, semblent suivre ce mouvement, au risque d’offrir ainsi une garantie d’impunité aux forces de l’ordre.
L’ONU a récemment dénoncé cette hypocrisie. Michelle Bachelet, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a demandé « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force », lors d’un discours prononcé le 6 mars devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.
Le gouvernement français estime qu’à « aucun moment le LBD n’est utilisé à l’encontre de manifestants, même véhéments, si ces derniers ne commettent pas de violences physiques, notamment dirigées contre les forces de l’ordre ou de graves dégradations. Mais alors il ne s’agit plus de manifestants, mais de participants à un attroupement violent et illégal ».

Il rajoute que les moyens de force intermédiaire, les matraques, les grenades lacrymogènes notamment, permettent de maintenir une « distance qui est garante d’un maximum de sécurité […] en évitant le contact direct et les blessures subséquentes ».

Le mensonge du gouvernement français est à la hauteur des violences policières qu’il tente de dissimuler. Édifiant.

« Je ne sais pas si cette plainte va aboutir », s’interroge Maria. « Ma mère m’a aidée à faire le dossier et à recueillir les témoignages lorsque j’étais hospitalisée », explique-t-elle en précisant ne pas avoir voulu l’alerter le soir même des faits. « Elle souffre de diabète et j’ai eu peur de sa réaction. Mais, aux urgences, avant mon opération, l’infirmière m’a obligée à l’appeler en me disant : “Si vous décédez au cours de l’intervention, il faut que votre famille soit prévenue.” »

Aujourd’hui, la jeune femme souffre de troubles de la mémoire. « J’ai recouvré la vue de l’œil droit, c’est déjà ça. Il y avait du sang à l’intérieur qui s’est depuis résorbé. J’ai l’impression que mon cerveau prend le temps de se reconstruire mais ça puise toute la force de mon corps. Un coup de matraque peut avoir des effets irréversibles, c’est cela qui me noue d’inquiétude », explique-t-elle.

« Je suis consterné par ce que je constate au fil des procédures que je traite pour des cas de “violences policières”. Les blessures de mes clients sont extrêmement graves et il est évident que cela est l’illustration de la tendance actuelle de gestion des manifestations par le gouvernement. Lorsque je défends des personnes poursuivies pour violences, les procédures sont rapides et les personnes sont condamnées si elles sont coupables », commente l’avocat Brice Grazzini.

« Ici, tout est compliqué, poursuit-il, les plaintes sont difficiles à déposer, les procédures judiciaires sont lentes, voire inexistantes, et le pire est d’entendre les autorités compétentes anticiper les résultats d’une enquête en alléguant qu’aucune violence illégitime n’a été commise par les forces de police. Lorsque je vois ce qui se passe dans l’affaire de Maria ou encore dans celle de Mme Zineb Redouane dont je défends le fils, c’est inacceptable. Même les mineurs sont visés et violentés lourdement… »

Le même soir, à Marseille et dans le même périmètre, alors qu’il ne participait pas aux manifestations, un jeune de 14 ans a été victime d’un tir de lanceur de balles de défense à la tête, lui causant un traumatisme crânien avec perte de connaissance, ainsi qu’une fracture et une plaie occipitales.

« On a l’impression que le quartier a été le terrain de jeu d’une horde de sauvages. Mais ces personnes étaient des policiers », déplore l’avocat Brice Grazzini.

mediapart.fr

Police préventive

Nantes : 14 personnes placées en garde en vue pour des banderoles et des pétards

Une banderole est déployée le lendemain lors de la manifestation en hommage aux camarades interpellés – Nantes Révoltée

Les faits se sont déroulés ce vendredi 12 avril à Nantes vers 15heures. 15 personnes qui fabriquaient des banderoles en vue de la manifestation de ce samedi ont été interpellées et 14 placées en garde vue. Parmi elles, une personne en fauteuil roulant relâchée dans la soirée.

Par Céline Dupeyrat, le 13 avril 2019

Les faits se sont déroulés aux alentours de 15 heures, près du Boulevard Vincent Gâche, en bords de Loire. Fleur qui venait participer à un atelier de fabrication de banderoles et d’affiches, en vue de la manifestations à l’appel des gilets jaunes et contre la loi anti casseurs de ce samedi 13 avril n’en revient toujours pas.

« Un dispositif policier totalement disproportionné »

En ce début d’après-midi, Fleur vient partciper à un atelier de fabrication de pancartes et d’affiches. « C’était un rassemblement décidé en AG et annoncé sur les réseaux sociaux. Rien de secret! Juste un atelier créatif , public et en plein air , de confection de pancartes et d’affiches avec des bombes de peinture pour la manif de ce samedi. Il y a vait une quinzaine de personnes. Le plus jeune avait 17 ans, la personne la plus âgée une soixantaine », raconte la jeune femme.

« Quand je suis arrivée, il y avait plusieurs voitures de police, , un camion cellulaire et de nombreux policiers en tenue et en civile. On aurait dit une opération anti-criminalité. Il y avait même un chien dans un des véhicules même s’ils ne l’ont pas descendu. Le dispositif était trés impresionnant. » Fleur

Des banderoles et des pétards

« Ils ont encerclé tout le monde. Ils ont contrôlé les identités, pris des photos individuelles. Chacun son tour. C’était très humiliant pour eux », ajoute Fleur. « Le contrôle a duré une heure. Tout le matériel a été confisqué. En plus des bombes de peintures, il y avait des pétards visiblement ».

15 personnes sont montées les unes après les autres dans les véhicules de Police. Transportées au commissariat elles ont été placées en garde à vue.

« Le pire, poursuit la jeune femme, c’est qu’ils ont embarqué une personne handicapée en fauteuil roulant. Elle a étét relâchée dans la soirée après avoir été rapidement auditionnée. » Fleur

La police reproche aux personnes interpellées « la participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences ». « Autrement dit on les arrête pour des faits qu’ils n’ont pas commis! C’est grotesque et hallucinant », conclut Fleur.

Les militants interrogés jugent l’opération de Police « totalement disproportionnée » et y voient « un empêchement de participer à la manifestation de ce samedi ».

Cela n’empêchera pas Fleur, par ailleurs street medic, d’être présente au côté des manifestants, ce samedi après-midi 13 avril dans les rues de Nantes.

Tous sont sortis, ce samedi 13 avril en début d’après-midi après 24 heures de garde à vue, sans aucune poursuite.

france3-regions.francetvinfo.fr

Ndlr : Dans son roman dystopique « Rapport Minoritaire » Philip K. Dick imagine une société dans laquelle la criminalité aurait été éradiquée grâce à la technologie précognitive qui permet en 2054 aux agents d’une organisation expérimentale du gouvernement de réprimer toute infraction à la loi avant qu’elles ne soient commises.

Nommée « Précrime » dans la fiction de l’auteur, celle-ci a déjà ses équivalents dans notre réalité, entièrement tournée vers le développement des techniques de surveillance et de contrôle :

https://information.tv5monde.com/info/technologies-de-prediction-du-crime-palantir-scrute-les-citoyens-de-la-nouvelle-orleans-en

Nous savons que la « stratégie du choc » (voir Naomi Klein) a vocation à créer un contexte favorable à la mise en place de dispositifs liberticides, c’est ce qui s’est passé aux États-Unis à la suite du 11 septembre 2001 avec l’adoption du Patriot Act. S’ensuivit la passation de divers contrats de défense et de sécurité intérieure entre l’État fédéral et des sociétés privées spécialisées dans la technologie de pointe.

La loi anti-casseurs, « visant à prévenir les violences lors des manifestations » de son vrai nom, sera-t-elle l’occasion pour les services de l’État français de faire un pas de plus vers l’aseptisation sociale et le nivellement politique du pays ?

Si l’on en juge par la masse de violations des droits individuels les plus élémentaires enregistrées depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, la question mérite d’être posée.

De l’autre côté de la barricade

Police : tu l’aimes ou tu la quittes

Excédés et fatigués, ils ont préféré quitter la police nationale et se reconvertir pour ne pas sombrer dans le désespoir. Aujourd’hui, ils dressent un portrait sans concession de leur ancien métier. Racisme, violences, carriérisme, pression du chiffre, heures sup, abus… Nicolas et Yann racontent.

Reportage : Olivia Müller
Réalisation : Emmanuel Geoffroy, 18 avril 2019

Patrouille de policiers heureux Crédits : Alain Nogues – Getty

Yann vient de la banlieue aixoise. Très jeune, son père lui inculque des principes de droiture, de justice, de loyauté. Il dit avoir toujours voulu bien faire et décide de devenir policier. A dix-huit ans et demi, il obtient un premier poste en banlieue parisienne. Très vite, il se rend compte de la « culture du chiffre » imposée aux policiers.

« J’aimais les affaires judiciaires, mais ce qu’on nous demandait, c’était des affaires déjà élucidées : des petits jeunes avec une barrette de shit. (…) J’avais des affaires beaucoup plus graves mais je ne pouvais pas travailler dessus. C’était plus simple pour tout le monde mais pas pour moi. Psychologiquement, mon idéal était entaché. » Yann

Peu à peu, Yann commence à avoir envie de quitter son métier.

« Je n’ai jamais vu un collègue heureux dans sa vie de flic. Dès que vous commencez à réfléchir, c’est le début de la fin. Vous êtes un fonctionnaire, vous êtes là pour fonctionner. Si vous réfléchissez, soit vous quittez la police, soit vous finissez par mâcher le canon d’une arme, contre vous ou contre les autres. » Yann

Nicolas a choisi de devenir policier à la fin de ses études secondaires. Au début de sa formation, une question lui vient : « Le vol est mal, le vol est puni par la loi. Qu’en est-il alors de Robin des bois ? Ce qui est légal est-il forcément légitime ? »

Bien classé à la sortie de l’école, Nicolas débute dans la brigade ferroviaire de la gare du Nord. Le mythe commence à se fissurer.

« Dès 6h30, il y a les SDF à déloger, les contrôles de fraude dans le métro, alors qu’il y a tellement de choses plus bénéfiques à faire. » Nicolas 

« Les gens ne croient plus en leur métier, ils deviennent amers, désagréables. J’ai vu des choses qui m’ont marqué mais c’est toujours fait intelligemment, c’est-à-dire qu’on reste toujours à la limite. Par exemple, un collègue qui crache sur un SDF, un autre qui s’amuse à prendre les pièces des gamines rom qui font la manche. » Nicolas

C’est lorsqu’il sent qu’il est lui-même en train de changer que Nicolas se rend compte qu’il y a vraiment un problème.

« Je commence à mal parler aux gens, à avoir moins de patience. Je suis cassé à ce moment. J’ai de la rancoeur contre le système, contre cette machine à broyer des hommes. » Nicolas

Podcast :

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Un 25e acte en soutien aux Medics

À l’appel d’un groupe local de Montluçon, sont invités à se rassembler tous les Medics et victimes de la répression policière lors de l’acte 25 des Gilets Jaunes.

https://m.facebook.com/events/317960155445878/

Soyons plus que jamais solidaires, suite aux événements de Toulouse qui ont malheureusement démontré une nouvelle fois que la brutalité policière s’abat sur l’ensemble du mouvement, sans discernement ni égard pour nos secouristes. 

PS : Remerciements au groupe de Saint-Brieuc (22) qui est intervenu à l’angle de l’avenue des Champs Élysées et de la rue la Boétie un certain 16 mars 2019.

Le monopole de la casse légitime

Destruction de la cabane du Brézet, ce mercredi 17 avril, sur ordre de la préfecture.

En dépit des mesures administratives, violences policières et condamnations judiciaires, sur tous les fronts la lutte continue !

Photos : Zinedine Zolive

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Acte 22 : la répression s’intensifie à Toulouse

Témoignage de Fanny, heure par heure, le lendemain des faits.

Récit de l’acte 22 à Toulouse. Le 13 avril (ceci n’est que la stricte verité)

Une nuit est passée j’ai toujours la rage.

Arrivée à 12h15 avec mes parents au métro jean jaures, on remonte vers les allées jean jaures, on discute avec des personnes, l’ambiance est joyeuse et il fait beau.

Puis quinze minutes après, la manif fait demi tour car des forces de l’ordre qui sont en haut des allées bloquent l’accès et ils ont également fermé le bas des allées et les rues adjacentes.

Et là l’enfer se déchaîne, lacrymos en nombre incalculable, impossible de respirer ou même pour ma part d’ouvrir les yeux, à la limite du malaise. Par réflexe je me suis accrochée au bras de mon père (merci à une medic avec une croix verte pour son produit miracle sur les yeux). Je ne sais pas combien de temps ça a duré (cerveau en mode pause) et là miracle de la solidarité une porte s’ouvre.

Merci aux personnes qui nous ouvert leur porte de l’immeuble pour qu’on puisse sortir de cet enfer et de ce gaz, merci à la personne qui habite en hauteur et qui nous a dit de pas ressortir car ça continuait. Vous avez sorti 15 personnes d’un enfer.

On est restés dans cette cour d’immeuble 15-20 minutes peut être et ce qui m’a le plus choqué on s’est tout mis à chuchoter ou à se taire en fonction du bruit de tirs qui se rapprochait (je sais pas lesquels) de peur que le bac ou les CRS trouvent notre cachette et nous matraquent. Une personne dira c’était comme les juifs pendant la guerre gazés et enfermés ; on a du escalader des grilles pour pouvoir sortir par une autre entrée d’immeuble à l’air pur.

Cortège explosé dans toute la ville

13h50. On est de retour à Jean Jaurès. Des forces de l’ordre qui bloquent les accès aux boulevards et ainsi que les allées Jean Jaures. Au loin une cabane de chantier prend feu sur les allées. Deux tanks de gendarmerie sont positionnés en bas des allées.

Je vois une personne d’une soixantaine d’années se mettre devant les chars et leur demander de tirer sur la foule, le peuple tant qu’ils y sont.

15h. On repart vers Wilson et la rue Alsace lorraine, l’ambiance est convivial ça chante, ça discute, puis de nouveau repousses vers jean jaures.

16h. Un cortège s’est retrouvé bloqué à Francois Verdier où ils ont également vécu le même enfer que le midi, un autre cortège bloqué à Jeanne d’arc et l’intersyndicale (manif déclarée) réprimés aussi par les gaz lacrymogène. Peut être d’autres cortège dans la ville je sais pas.

16h20. On se met à l’abri dans le Burger King, merci aux gérants de nous avoir laisser rentrer. On y restera deux heures et demi, bloqués dedans car impossible d’en ressortir les flics ne laissaient personne passer.

16h37. À vouloir nous diviser en plusieurs cortèges, 5-6 flics se sont fait encerclés sans aucune blessure. On voit les gaz à Francois Verdier. On a passé un cap, les personnes ne reculent plus devant les gaz, ils partent, font demi tour mais ils reviennent toujours à Jean Jaures.

16h53. Du métro Jean Jaures à Wilson nuage de lacrymo, on voit plus rien. Et là c’est reparti gazage à gogo, ils ont du éteindre la ventilation pour éviter qu’on soit gazer a l’intérieur

17h. On aperçoit les voltigeurs (ah oui c’est vrai ça n’existe plus en France)

De 17h30 à 19h, à travers les vitres nous voyons une personne se faire tabasser et prendre un coup de pied alors qu’il voulait juste partir et une femme se faire mettre au sol puis être relâchée et une autre violemment interpellée Des barrières de chantier céderont. En plus des lacrymo.

19h. Le gérant nous laisse sortir par la porte sur le côté et on a pu reprendre le métro sous l’odeur des gaz importants.

Un message aux forces de l’ordre si jamais vous lisez ceci : Vous avez des ordres ? Ok. Quand vous aurez l’ordre de tirer sur les manifestants le ferez vous ? Où s’arrêtera votre folie ? Pour finir : hier à Toulouse c’était la guerre, force de l’ordre contre le peuple, faut que ça se sache c’est plus une histoire de gilets jaunes

Du respect des personnes

« Les contraintes imposées par la police, et le rapport de force qui en découle, seront mieux acceptés si la fermeté s’accompagne du respect des personnes (politesse et courtoisie élémentaires dans les propos). De même, l’explication des règles permettant au policier d’agir ainsi rend plus compréhensible son intervention. »

(Photo by LUDOVIC MARIN / AFP)

« Il est rappelé que le policier n’a également, en aucun cas, la possibilité de porter atteinte au principe d’égalité des êtres humains ni à celui de leur liberté de conscience. Toute forme de discrimination, à l’occasion de l’usage des pouvoirs de contrainte, serait fondamentalement contraire à cette règle. »

« Les agissements violents au cours de l’interrogatoire de la part de certains policiers, dans un illusoire souci d’efficacité, sont inadmissibles et dégradants pour celui qui les commettraient. Qui plus est, ils sont totalement inefficaces car ils entachent la procédure de vices rédhibitoires et leurs auteurs sont passibles de poursuites pénales et disciplinaires. »

« Le recours à la violence ne saurait être toléré dans les pratiques policières. »

Source : 

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